Prospective  / Économie

“France 2040” : des experts au chevet de la France de demain ?

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“France 2040” : des experts au chevet de la France de demain ?

Un récent rapport de l’Institut Montaigne a passé au crible toutes les statistiques disponibles et 800 documents et scénarios sectoriels internationaux pour comprendre où en sera la France en 2040. © Mathias Reding/unsplash

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Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine « L’IA et moi », en kiosque le 21 août 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Un récent rapport de l’Institut Montaigne a passé au crible toutes les statistiques disponibles et 800 documents et scénarios sectoriels internationaux pour comprendre où en sera la France en 2040. Une lecture dont les optimistes pourraient être tentés de s’affranchir.

 

« Il ne sert à rien de prévoir ce qui se passerait. L’important est de prévoir ce qui se passerait si l’homme ne faisait rien pour changer le cours des choses. » Ces lignes sont de Gaston Berger (1896-1960), un philosophe assez peu étudié mais qui a inventé et développé une discipline chère aux économistes, la prospective. Celle-ci ne saurait se donner pour but de faire des prédictions exactes sur l’avenir – celui-ci étant incertain, laissons cela aux voyantes, recommande Berger. La prospective est d’abord une certaine « attitude » que l’on prend par rapport au présent et elle consiste à se demander où nous conduiraient les tendances actuelles si nous ne faisons rien. En cela, faire de la prospective revient à étudier le présent dans le but d’agir sur celui-ci.

Cette méthode semble avoir été appliquée par le politologue Bruno Tertrais, coordinateur d’un rapport de plus de 460 pages rendu public récemment par l’Institut Montaigne, « France 2040». L’essentiel de ce rapport est employé à développer un « scénario de référence à trajectoire non corrigée », c’est-à-dire à comprendre où la France en sera dans quinze ans si aucune réforme importante n’est entreprise. Pour résumer l’essentiel en une image : si nous continuons sur le rythme actuel, nous vivrons dans un Ehpad lourdement endetté et surchauffé. Côté démographie, nous sommes passés de 2 à 1,62 enfant par femme entre 2010 et 2024, et le solde naturel des naissances deviendra négatif après 2030. Passé cette date, la population française ne pourra plus croître qu’avec l’apport de l’immigration. Il y aura presque un tiers de personnes âgées de plus de 65 ans, et les dépenses de santé liées au grand âge absorberont 14 % du produit intérieur brut (PIB). Comme la France s’est désindustrialisée, l’économie reposera sur les services et sera peu compétitive. La productivité horaire a reculé de 2,1 % depuis 2019 – grosso modo, depuis le Covid ! –, une dynamique qui ne pourrait être enrayée que par l’intelligence artificielle et les nouvelles technologies. Par ailleurs, la dette s’est emballée, passant de 82 % du PIB en 2010 à 113,7 % en 2024, si bien qu’une dette pesant 150 % du PIB est probable en 2040. Côté climat, la France métropolitaine a gagné 2,1 °C par rapport à l’ère pré-industrielle et pourrait encore gagner… 1,5 °C d’ici à 2040, ce qui rendrait sécheresses et pluies extrêmes beaucoup plus fréquentes. Enfin, depuis 2012, les scores au programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) de la France ont décroché de 43 points en mathématiques et de 31 en lecture, l’attractivité du métier d’enseignant s’est abîmée, la violence scolaire s’est accrue, et une pénurie chronique de professeurs ainsi qu’un déficit aigu de compétences scientifiques sont attendus pour 2040. 

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