La question politique

François Ruffin : peut-on être de gauche et refuser l’immigration ?

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François Ruffin : peut-on être de gauche et refuser l’immigration ?

François Ruffin à Grenoble, le 11 mars 2026. © Benoît Pavan/Hans Lucas via AFP

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En affirmant son refus de « l’immigration pour le travail », François Ruffin a brisé un tabou pour la gauche française, qui s’interdit depuis des années d’ouvrir un débat réservé à l’extrême droite. Dans cette tribune, l’essayiste Denis Maillard s’interroge sur la pertinence de cette stratégie, qui semble tracer la voie vers ce qu’on appelle la « 3e gauche ».


 

En proclamant, le 28 avril sur France 2, son refus de « l’immigration pour le travail » que, selon lui, le patronat voudrait organiser en vue de répondre aux besoins de main-d’œuvre, François Ruffin a provoqué un tumulte. Pourtant, en quelques phrases, le candidat à la présidentielle a réussi ce que la gauche ne parvenait plus à faire depuis 40 ans : parler d’immigration autrement qu’en termes moraux ou identitaires. Car pour lui, l’immigration est surtout une question sociale. La présence de travailleurs immigrés, légaux ou non, touche aux questions de salaire et de conditions de travail.

Gauche et immigration : une vieille histoire

Cette vision n’a en réalité rien de neuf. C’est même une vieille histoire, celle du rapport longtemps conflictuel, mais structuré, de la gauche française à l’immigration. Une tradition ancienne qui voyait dans l’organisation capitaliste des flux migratoires un instrument de mise en concurrence des travailleurs. En cela, la position de Ruffin est moins une rupture qu’un retour. Marx, en effet, analysait déjà l’immigration irlandaise en Angleterre comme un moyen pour le capitalisme de diviser les travailleurs. Jaurès dénonçait « le capital international » allant chercher la main-d’œuvre « là où elle est le plus avilie » abaissant partout les salaires. Quant à la CGT du XXe siècle, elle défendait simultanément l’égalité totale des droits pour les immigrés présents et la régulation de l’immigration de travail afin d’empêcher le patronat de constituer une « armée industrielle de réserve ». La philosophie sociale de cette tradition est claire : le travail n’est pas une marchandise comme une autre. Une société démocratique ne peut accepter que les flux migratoires soient organisés uniquement par les besoins immédiats du capital. La question migratoire doit être pensée à partir de la cohésion sociale, des conditions de travail et de la capacité d’intégration collective.

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