Frédéric Schiffter : “Ne rien faire et ne pas culpabiliser”
Frédéric Schiffter (cc) Wikimedia Commons
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Cet article est issu du numéro 43 de Philosophie magazine « 43 - octobre 2010 », en kiosque le 30 septembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Frédéric Schiffter ouvre sa “Philosophie sentimentale” (Flammarion) sur un trait de Nietzsche : “ Celui qui ne dispose pas des deux tiers de sa journée est un esclave”.» Tout un programme.
Vous insistez dans votre dernier essai sur la valeur de l’otium, une forme d’oisiveté chère aux philosophes. Qu’est-ce que c’est ?
L’otium, vanté notamment par les cyrénaïques [de l’école de philosophie fondée par Aristippe de Cyrène, élève de Socrate, Ndlr], mais aussi par Sénèque, Montaigne ou Nietzsche, est le temps à soi mis à profit pour l’étude, la réflexion, mais aussi pour les plaisirs de l’amour, de l’amitié, de la lecture ou de l’écriture. Il se situe hors du tumulte du negotium, c’est-à-dire des affaires et des occupations serviles. S’il s’oppose au travail, l’otium, « le » loisir, n’a rien à voir avec « les » loisirs. Les loisirs sont la continuité du negotium : qu’il s’agisse du football ou d’autres sports médiatisés, des voyages organisés, des fêtes de ceci ou de cela – toutes ces agitations sont si intenses et si planifiées, que les gens s’abrutissent. On peut appliquer aux loisirs ce que Nietzsche disait du travail, à savoir qu’ils constituent « la meilleure des polices » et entretiennent la vulgarité et le grégarisme.