Extrait

Freud, la pensée magique et la puissance du désir humain

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Sigmund Freud par Max Halberstadt

Sigmund Freud par Max Halberstadt. © Library of Congress

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Dans Totem et Tabou (1913), Freud attribue la pensée magique à l’enfant et au primitif. Un siècle plus tard, difficile de ne pas y voir un portrait en creux de Donald Trump.

« Les motifs qui poussent à l’exercice de la magie sont faciles à reconnaître : ce sont les désirs humains. Nous devons seulement admettre que l’homme primitif a une confiance démesurée dans la puissance de ses désirs. Au fond, tout ce qu’il cherche à obtenir par des moyens magiques ne doit arriver que parce qu’il le veut. C’est ainsi qu’au début nous n’avons affaire qu’au désir. En ce qui concerne l’enfant, qui se trouve dans des conditions psychiques analogues, mais ne possède pas encore les mêmes aptitudes motrices, nous avons admis ailleurs qu’il commence par procurer à ses désirs une satisfaction vraiment hallucinatoire, en faisant naître la situation favorable, grâce à des excitations centrifuges de ses organes sensoriels. Au primitif adulte s’offre une autre voie. À son désir se rattache une impulsion motrice, la volonté, et cette volonté, qui sera un jour assez forte pour changer la face de la Terre, est utilisée par le primitif pour se procurer une satisfaction par une sorte d’hallucination motrice. Cette représentation du désir satisfait peut être comparée au jeu des enfants, à la seule différence près que la technique purement sensorielle manque à ce jeu. Si le jeu et la représentation imitative suffisent à l’enfant et au primitif, ce n’est ni à cause de leur sobriété et modestie (au sens moderne de ces mots), ni à cause de la résignation que leur inspire la conscience de leur réelle impuissance : il s’agit d’une conséquence très naturelle de la valeur exagérée qu’ils attachent à leur désir, à la volonté qui en dépend et aux voies dans lesquelles ils sont engagés. Avec le temps, l’accent psychique se déplace des motifs de l’action psychique pour s’attacher à ses moyens, voire à l’action elle-même. Il serait peut-être plus exact de dire que ce sont les moyens dont il se sert qui donnent au sauvage une idée de la grande valeur qu’il attache à ses actes psychiques. S’en tenant aux apparences, il est persuadé que c’est l’action magique qui, grâce à sa ressemblance avec ce qu’il désire, amène la réalisation de l’événement désiré. Dans la phase animiste de la pensée il n’existe pas encore d’occasion de se rendre compte que la situation, elle, n’est pas du tout telle qu’on se l’imagine. Ceci devient possible à des phases ultérieures, alors qu’on continue d’avoir recours aux mêmes procédés, mais à un moment où le phénomène psychique du doute commence déjà à intervenir, à titre d’expression d’une tendance au refoulement. Alors les hommes commencent à admettre qu’il ne sert de rien d’invoquer les esprits, si l’on n’a pas la foi, et que la force magique de la prière reste inefficace, si elle n’est pas, dictée par une piété véritable. »

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