Nouvelles vagues
Gamètes over ? La chronique d’Anne-Sophie Moreau
©Yulia Antoshchenko/ iStockphoto
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Cet article est issu du numéro 177 de Philosophie magazine « Que peut-on opposer à la violence ? », en kiosque le 15 février 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le « réarmement démographique » promu par Emmanuel Macron a du plomb dans les flagelles. En cause, la forme et la qualité des spermatozoïdes. De quoi réviser la conception masculiniste de la reproduction, toujours en vigueur depuis Aristote.
« Ils sont amorphes, je te dis. Paresseux, voire neurasthéniques ! » Mon ami est abattu : son spermogramme est décevant. De nos jours, les mâles les plus fringants de ma génération sont nombreux à se soumettre aux tests de fertilité. Il faut dire que la situation est inquiétante : en moins d’un demi-siècle, la concentration de gamètes dans le sperme a été réduite de moitié. Pire : ce déclin s’accélère depuis les années 2000. À ce rythme, nous allons droit vers l’extinction.
Nos amis les hommes, longtemps épargnés par l’angoisse de l’infertilité, qu’on croyait à tort une affaire de femmes, sont ainsi contraints d’exposer ce qu’ils ont de plus intime – leur semence. Une expérience déroutante à plus d’un titre. L’auto-prélèvement, d’abord – « Tu te rends compte ? Ils m’ont laissé seul dans une pièce avec Madame Figaro pour toute lecture ! » Les résultats, ensuite. Vitalité, vélocité, viscosité… Rien n’échappe au microscope. Une amie m’a confié avoir découvert avec horreur la morphologie déviante des spermatozoïdes de son compagnon, dont 99 % présentent des « formes atypiques ». Il y a ceux qui ont une tête trop grosse ou, au contraire, minuscule, les bicéphales, ceux qui ont le flagelle plié, en tire-bouchon ou qui flageole… bref, une vraie cour des miracles ! Avec un tel régiment de bras cassés, le réarmement spermatique attendra.