Enquête
Gavin McInnes, de “Vice” aux Proud Boys
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Cet article est issu du Hors-série n°67 de Philosophie magazine « Petit traité des vices à l’usage des honnêtes gens », en kiosque le 20 novembre 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le cofondateur de Vice Gavin McInnes, ancienne icône de la jeunesse punk et branchée, est devenu une figure de la droite américaine la plus dure. Récit d’un parcours marqué par un goût de la provocation qui a fini par l’emmener… très loin.
Aux États-Unis, Gavin McInnes dézingue le politiquement correct de la gauche. Pour lui, elle ne rassemble que des fouineurs qui n’ont plus d’humour. On le décrit comme un provocateur, un radical, voire un fasciste. Il a même fondé une milice d’extrême droite, les Proud Boys, considérée comme une organisation terroriste par le gouvernement canadien. Pourtant, cet influenceur qui vitupère contre l’invasion migratoire, la féminisation et le « lobby homosexuel » a aussi incarné une contre-culture nord-américaine punk et bien à gauche. Pendant quatorze années, il était la voix potache et satirique du magazine Vice, contribuant largement à le doter de son aura cool et scandaleuse.
Une jeunesse punk
Né en Angleterre de parents écossais en 1970, McInnes grandit à Ottawa, où sa famille déménage quand il a 5 ans. Au lycée, il rencontre Shane Smith, le futur cofondateur de Vice Magazine. Les deux adolescents partagent un goût prononcé pour le sexe, la drogue et le rock’n’roll. Entre deux soirées étudiantes, ils montent un groupe de punk rock au nom évocateur : Leatherassbuttfuck (littéralement : « Sodomie cuir cul »). McInnes, qui se fait régulièrement exclure de classe pour son attitude insolente, penche à gauche. À la fac, il suit des cours de Women’s studies, se fait tatouer le symbole et un E pour « Égalité ». Puis les deux compères baroudent en Europe. Shane Smith échoue à Budapest. McInnes trace sa route, se pique à l’héroïne et vit dans des squats en Allemagne.
Au début des années 1990, les deux potes se retrouvent à Montréal. La ville traverse alors une période de crise économique. Les petits loyers et la vie bon marché permettent à une vibrante scène artistique d’éclore, notamment autour de la bande dessinée. C’est dans ce domaine que s’essaie McInnes en créant son premier magazine, Pervert. Il y raconte sa jeunesse vagabonde et turbulente comme ses expériences avec la drogue. À ceux qui émettent des critiques négatives, il envoie des lettres de menace écrites avec son propre sang. Chez McInnes, le goût du vice commence dans cet acte libérateur : un virulent doigt d’honneur à la face des regards moralisateurs. À « l’enfer, c’est les autres » de Sartre, il répond : « L’enfer, c’est moi. »