Économie

Monopole et concurrence : l’impossible dialectique

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Monopole et concurrence : l’impossible dialectique

Le président Biden vient de signer une ordonnance destinée à promouvoir la compétition économique, le 9 juillet, à Whashington DC. © AP Photo/Evan Vucci/Sipa

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« Soyons clairs, le capitalisme sans concurrence n'est pas le capitalisme, c'est de l’exploitation » : sur Twitter, le président des États-Unis Joe Biden a dénoncé la concentration des richesses entre les mains de quelques superentreprises, au premier rang desquelles les géants du numérique. À ses yeux, les monopoles fausse la concurrence capitalistique. Mais la concurrence ne débouche-t-elle pas, inévitablement, sur la constitution de monopoles ? C’est tout le paradoxe, selon le philosophe anarchiste Proudhon. 

 

Joe Biden pointe-t-il du doigt une dérive du capitalisme libéral, ou bien une contradiction intrinsèque de celui-ci, qui ressurgit à intervalles réguliers ? Proudhon s’est posé la question à de nombreuses reprises, notamment dans Philosophie de la misère (1846). « Le monopole est l’opposé naturel de la concurrence », écrit-il, s’accordant en apparence sur ce point avec les libéraux : le monopole, en concentrant les richesses du capital dans les mains de quelques superentreprises capables d’écraser (ou simplement de racheter) tous leurs rivaux, même les plus innovants, remet en cause l’idée de concurrence équitable, dite « pure et parfaite », qui implique une égalité de départ entre tous les acteurs économiques. À la dynamique du progrès entretenue par la concurrence créatrice, le monopole substitue une paralysie économique qui laisse les pleins pouvoirs à des corporations géantes pour consolider leur position et organiser le monde du travail à leur guise. Ces superentreprises auraient certainement les moyens d’investir dans l’innovation… mais elles n’ont aucune raison de le faire, sinon pour maintenir leur position dominante. Leur moteur n’est plus le « développement » mais « l’instinct de conservation ».

 

Logique du monopole, logique du capitalisme ?

Si concurrence et monopoles s’opposent, ils sont aussi indissociables pour Proudhon : « le monopole est le terme fatal de la concurrence qui l’engendre par une négation incessante d’elle-même ». Le jeu de la concurrence met à mal le profit, dont la quête est, précisément, le vecteur essentiel de constitution du capital : si les hommes prennent par au jeu de la concurrence, c’est précisément parce que le monopole est « le but et la fin, sans [lesquels] la concurrence n’eût point été acceptée ». L’horizon monopolistique est « le stimulant le plus fort de tous les progrès accomplis dès l’origine du monde ». Pour entrer en compétition, encore faut-il croire que l’on peut gagner ! Il n’y a pas de capitalisme sans quête de profit.

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