« La propriété, c’est le vol » Pierre-Joseph Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ? (1840)
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Cet article est issu du numéro 16 de Philosophie magazine « 16 - février 2008 », en kiosque le 24 janvier 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Droit fondamental ou usurpation ? Le père de l’anarchisme attaque ici l’une des bases de l’État de droit.
À l’heure où le président de la République Nicolas Sarkozy entend promouvoir « une France de propriétaires », il n’est peut-être pas inutile de se demander ce qui justifie cette (fausse ?) évidence qu’on appelle la propriété. La formule du philosophe français Pierre-Joseph Proudhon a le mérite de poser la question de façon radicale.
Pierre-Joseph Proudhon en six dates
- 1809 Naissance à Besançon, en Franche-Comté.
- 1828 Devient ouvrier typographe.
- 1840 Parution de Qu’est-ce que la propriété ?
- 1846 Publication de Système des contradictions économiques ou philosophie de la misère.
- 1851 Parution d’Idée générale de la révolution au XIXe siècle.
- 1865 Mort à Paris.
Lorsqu’il l’utilise, au cœur de la révolution industrielle, cela fait deux siècles que différents penseurs cherchent à légitimer le principe de la propriété. Or ces justifications classiques de la propriété reposent sur trois arguments. D’abord, le droit du premier occupant : serait propriétaire d’un sol celui qui s’y trouve en premier. Il est aisé de voir à quelles aberrations ce principe conduit. Selon cette logique, les Américains seraient aujourd’hui propriétaires de la Lune, et les Russes, du fond de l’océan Arctique. Ensuite, le travail : selon le philo-sophe britannique John Locke (1632-1704), on devient propriétaire d’un morceau de terrain en le cultivant. Corollaire : un homme ne peut posséder davantage qu’il est capable de produire par ses propres forces ; hériter ou spéculer sont illégitimes. Enfin, pour le philosophe hollandais Hugo Grotius (1583-1645), la loi est garante de la propriété – une idée qu’on retrouve dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui range dans son article 2 la propriété parmi les « droits naturels et imprescriptibles de l’homme », avec la liberté, la sûreté et la résistance à l’oppression. À tous ses éminents prédécesseurs, Proudhon répond avec fermeté : « Je prétends que ni le travail, ni l’occupation, ni la loi ne peuvent créer la propriété… la propriété, c’est le vol. »