L’aventure d’un classique
Édouard Jourdain : “L’influence de Proudhon est essentielle dans le mouvement des communs”
Pierre Joseph Proudhon. © Domaine Public. Illustration © William L. pour PM
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Pour ce spécialiste de Proudhon, le penseur socialiste se distingue par son approche quasi sociologique de la question de la propriété, produisant du capital sans travail, qu’il oppose à la possession. Au point que certains voient en lui un précurseur de la décroissance.
« Proudhon s’empare avec une telle urgence de la question de la propriété avant tout pour des raisons biographiques. Il est en effet l’un des rares théoriciens socialistes d’origine populaire, avec un père brasseur et une mère paysanne. Il a été marqué dans son enfance par la pauvreté, alors que ses parents travaillaient d’arrache-pied. De façon très précoce, dès l’âge de 13-14 ans, il se pose donc cette question : pourquoi des personnes qui se crèvent l’échine demeurent pauvres, alors que d’autres qui travaillent moins, voire pas du tout, sont très riches ? Quelle est l’origine de cette injustice ? Il entame son premier mémoire sur la propriété par cette interrogation.
Proudhon s’attaque à l’idée que la propriété serait un droit naturel, quelque chose qui irait de soi. C’est le même reproche qu’il adresse au principe du gouvernement et de l’État centralisé. Sa critique est de deux ordres : comme Marx, il adopte une perspective historique pour montrer que la propriété a évolué et a pu prendre des formes très différentes qui ne sont pas celles qu’on lui connaît aujourd’hui. L’autre versant de sa critique est plutôt d’ordre analytique et mobilise à la fois des notions de sociologie et de philosophie, notamment une réflexion sur la question de la justice. C’est quelque chose d’assez nouveau par rapport aux auteurs classiques. Selon lui, la propriété telle qu’elle est conçue dans la modernité est impossible, parce qu’elle renvoie toujours à des contradictions et à une forme d’injustice. Il faut bien comprendre ce dont parle Proudhon : il s’agit de la propriété capitaliste, liée à une définition précise, celle de l’usus, fructus et abusus, soit l’usage, la possibilité d’en tirer des fruits et le fait d’en disposer de façon arbitraire. Proudhon s’en prend à la propriété qui revêt une dimension absolue, à l’arbitraire qui lui est lié, en remarquant qu’elle relève d’une conception purement individualiste qui menace la possibilité même de faire société.