France / Politique
Quand René Girard donne du sens à l’exclusion politique d’Édouard Philippe
L’exclusion d’Édouard Philippe du parti Les Républicains, qu’il a contribué à fonder, alimente la chronique politique. À droite, deux courants s’opposent : les « Constructifs », menés par Thierry Solère et qui soutiennent la politique du gouvernement et de son chef, Édouard Philippe, et la frange des Républicains d’opposition. Réunis en bureau politique dit de « la clarification », mardi 24 octobre, ces derniers se sont prononcés en majorité pour l’exclusion des ministres Gérald Darmanin et Sébastien Lecornu, des députés Franck Riester et Thierry Solère ; ils ont également « pris acte » du départ du Premier ministre.
Mais l’exclusion politique est-elle efficace ? La question a été posée à Michel Eltchaninoff sur France 3. Dans la rubrique « Réflexion faite » du Grand Soir 3, le rédacteur en chef de Philosophie magazine a fait appel au théoricien René Girard. Pour l’auteur de La Violence et le Sacré, le bouc émissaire permet en effet de désigner une victime expiatoire et de faire ainsi la paix à l’intérieur du groupe. Autrement dit, pour éviter la guerre de tous contre tous, on préfère la guerre de tous contre un seul. « Le sacrifice a pour fonction d’apaiser les violences intestines, d’empêcher les conflits d’éclater », écrit René Girard.
Si la décision d’exclure a été si difficile, c’est que ces deux groupes sont issus de la même famille, déchirée par une « rivalité mimétique », comme l’a rappelé Michel Eltchaninoff. Les Constructifs participent aux instances du pouvoir ; les Républicains le voulaient. Entre eux, la rivalité a suscité cette violence symbolique. Pour René Girard, le désir ne consiste pas à vouloir une chose parce qu’elle est utile ou belle, mais parce que l’autre la possède. Cette violence symbolique trouve ainsi son origine dans un « désir mimétique » et sa résolution dans l’exclusion.