Le match
Faut-il abolir la propriété ? Marx vs. Proudhon
Karl Marx - Pierre Joseph Proudhon. © Domaine public
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 198 de Philosophie magazine « Comment bien se disputer ? », en kiosque le 26 mars 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Selon Proudhon, la propriété est inégalitaire et doit être éradiquée si l’on veut bâtir une société inclusive. Pour Marx, cela est vain si l’on n’anéantit pas par la révolution les structures qui la sous-tendent. Lequel des deux gagnera du terrain ?
Premier round : Proudhon, furibond, lance un cri de guerre
« La propriété, c’est le vol ! » Dans Qu’est-ce que la propriété ? (1840), Proudhon est clair : la propriété est injuste et inégalitaire. Elle profite aux bourgeois, qui bénéficient du travail des personnes dépossédées de la propriété. « Ni le travail, ni l’occupation, ni la loi» ne peuvent la fonder car elle est une œuvre collective et non le résultat d’un effort individuel. « Quand le médecin a […] soldé toutes ses dépenses, il n’a pas plus payé son talent que le capitaliste n’a payé son domaine et son château en salariant ses ouvriers. L’homme de talent a contribué à produire en lui-même un instrument utile : il en est donc copossesseur ; il n’en est pas le propriétaire. » La propriété est donc exclusive : si elle constitue un droit, celui-ci est « antisocial ». Proudhon lui préfère la notion de possession : le droit pour tout individu de disposer de biens qui lui sont nécessaires, en vertu du principe d’égalité.