L’aventure d’un classique

Marx-Proudhon, frères ennemis

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Cet article est issu du numéro 173 de Philosophie magazine « Peut-on être en accord avec soi-même ? », en kiosque le 21 septembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ils ont beau se réclamer du socialisme, Marx et Proudhon se sont affrontés par essais interposés, la Misère de la philosophie (1847) du premier, écrit en français, répondant à la Philosophie de la misère (1846) du second. Si les deux s’accordent sur le diagnostic, tout les oppose quant aux solutions proposées. Marx reproche notamment à Proudhon d’adopter un cadre hégélien simpliste pour critiquer les rapports de production et se moque de ses prétentions à suivre la raison scientifique – tout en le taclant au passage sur son antisémitisme.

 

Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847, trad. fr. Payot, 2019, pp. 157-178.

 

« Les économistes expriment les rapports de la production bourgeoise, la division du travail, le crédit, la monnaie, etc., comme des catégories fixes, immuables, éternelles. M. Proudhon, qui a devant lui ces catégories toutes formées, veut nous expliquer l’acte de formation, la génération de ces catégories, principes, lois, idées, pensées.

Les économistes nous expliquent comment on produit dans ces rapports donnés, mais ce qu’ils ne nous expliquent pas, c’est comment ces rapports se produisent, c’est-à-dire le mouvement historique qui les a fait naître. M. Proudhon ayant pris ces rapports comme des principes, des catégories, des pensées abstraites, n’a qu’à mettre ordre dans ces pensées, qui se trouvent déjà alphabétiquement rangées à la fin de tout traité d’économie politique. Les matériaux des économistes, c’est la vie active et agissante des hommes ; les matériaux de M. Proudhon, ce sont les dogmes des économistes. Mais du moment qu’on ne poursuit pas le mouvement historique des rapports de la production, dont les catégories ne sont que l’expression théorique, du moment que l’on ne veut plus voir dans ces catégories que des idées, des pensées spontanées, indépendantes des rapports réels, on est bien forcé d’assigner comme origine à ces pensées le mouvement de la raison pure. Comment la raison pure, éternelle, impersonnelle fait-elle naître ces pensées ? Comment procède-t-elle pour les produire ?

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