Généalogie
Gay Pride. Pourquoi revendiquer la “fierté”?
Aristote
Un juste milieu entre vanité et humilité
Pour Aristote, chaque vertu est un juste milieu entre deux extrêmes. Le courage est un juste milieu entre la lâcheté et la témérité ; la libéralité, un juste milieu entre la prodigalité et l’avarice.
Et la fierté? Aristote l’appelle la magnanimité et la considère comme la vertu la plus importante, celle qui « couronne » toutes les autres. Elle est le juste milieu entre la vanité et l’humilité: « L’homme magnanime est celui qui se juge digne de grandes choses et en est effectivement digne ». À la différence du pusillanime, qui est « dans un état d’insuffisance par rapport à ses propres mérites et par comparaison avec ce dont se juge capable l’homme magnanime » et du vaniteux « qui dépasse la mesure par rapport à ses propre mérites » (Éthique à Nicomaque, livre IV, 7).
Cicéron
La fierté heureuse, signe d’une grandeur méritée
Si nous éprouvons de la joie à manifester notre fierté, c’est, pour le penseur romain, parce que le vrai bonheur est liée à l’exercice d’une vertu, et non pas seulement parce que cela nous procure du plaisir.
« Tout ce qui est bon [ce qui est bien (à posséder ou à vivre)] comporte de la joie; or tout ce qui comporte de la joie mérite qu’on s’en félicite et qu’on en soit fier; mais ce qui est tel est aussi glorieux, c’est assurément digne d’éloge; or ce qui est digne d’éloge est certainement aussi honnête; par suite ce qui est bon est honnête »
(Tusculanes, XV, 43)
Augustin
L’orgueil, vaine gloire qui nous détourne de l’amour de Dieu
Avec le christianisme, la fierté est associée à l’orgueil, et l’orgueil compris comme ce qui nous détourne du bien le plus haut, Dieu. « Se complaire en soi-même, c’est se détacher du bien supérieur immuable en lequel on devrait se complaire plutôt qu’en soi-même », écrit Augustin.
L’amour de soi-même est une tentation permanente et la cause de notre déchéance ? Au lieu de cultiver une répugnante vanité, mieux vaut se tourner vers un Dieu « encore plus intérieur que sa propre intimité ».
Voltaire
La grandeur d’âme contre la vanité sociale
La fierté est ambivalente affirme Voltaire dans son Dictionnaire philosophique. Elle peut signifier la « vanité hautaine, altière, orgueilleuse, dédaigneuse », mais aussi la « hauteur d’une âme noble ».
Il faut donc faire la part entre la « fierté dans l’extérieur ou dans la société » qui est l’expression de l’orgueil, et la grandeur d’âme « sans hauteur » «qui est un mérite compatible avec la modestie ».
Axel Honneth
Le vecteur de la reconnaissance
Manifester sa fierté, c’est le recours que nous avons, lorsque nous sommes confrontés à des phénomènes d’humiliation, pour obtenir mieux que des réparations, une reconnaissance de ce que nous sommes.
« Les émotions négatives qui accompagnent l'expérience du mépris pourraient [...] constituer la motivation affective dans laquelle s'enracine la lutte pour la reconnaissance »
(La Lutte pour la reconnaissance)