Intraduisible

Geschlecht

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Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : allemand

 

Sexe, race, espèce, genre, humanité, souche, famille, communauté, généalogie, génération, germanité… Difficile de trouver un terme plus polysémique que l’allemand Geschlecht. L’étymologie fournit quelques lumières : le mot est apparenté à schlagen, « frapper ». Le Geschlecht, c’est ce qui est « frappé au sens de ce qui a reçu l’empreinte », commente Derrida. Quelque chose de commun donc, une « unité qui rassemble [la] multiplicité ». Mais « cette unité n’est pas une identité », quoiqu’elle « garde la simplicité du même ». Les hommes qui relèvent d’un même Geschlecht ne sont pas des copies conformes, condamnées à « l’indifférence d’une insipide uniformité ». Ils se distinguent et se ressemblent en même temps, sans que l’on puisse dire à quoi tient ce qui les rassemble. Le Geschlecht n’est pas un modèle dont les produits présenteraient d’infimes et contingentes variations. Le moule lui-même fait défaut. La « multiplicité » des hommes semble se « disséminer » depuis un même point aveugle, inassignable – raison pour laquelle, peut-être, le mot de Geschlecht se perd dans une infinie polysémie. Comme le précise Derrida, ce Geschlecht n’est « pas déterminé par la naissance, le sol natal ou la race, il n’a rien de naturel ni même de linguistique ». Il désigne un « “nous” infini », au sens où ses contours restent incertains, ouverts.

Les concepts liés à cet article

Contingence GenreMoiMultiple