Législation/Drogue
Pourquoi l’Allemagne a dit oui au cannabis
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Cet article est issu du numéro 179 de Philosophie magazine « Sexe. Où est-ce que ça coince ? », en kiosque le 25 avril 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En légalisant le cannabis récréatif le 1er avril dernier, l’Allemagne aborde sa consommation de manière libérale.
C’était l’une des promesses du gouvernement d’Olaf Scholz : la légalisation du cannabis récréatif est entrée en vigueur en Allemagne le 1er avril. L’objectif de la mesure : lutter contre le marché noir et limiter les risques liés à la consommation de produits au taux de THC inconnu. Désormais, les adultes d’outre-Rhin sont autorisés à cultiver jusqu’à trois plants chez eux, à détenir 25 g de cannabis dans l’espace public et à en consommer. Une seconde loi devrait organiser la vente d’herbe et de résine dans des magasins conventionnés. La liberté s’accompagne ainsi d’une volonté affichée d’encadrement. Le cannabis reste interdit pour les mineurs, de même que sa promotion publicitaire. La légalisation n’est pas synonyme de réévaluation positive. La mesure insiste sur l’importance des campagnes d’information et de prévention, afin de protéger les individus des dangers reconnus du cannabis. L’argument sous-tendant la loi est double. Libéral, d’abord. Comme le notait Ruwen Ogien dans Mon dîner chez les cannibales (2016), les politiques de légalisation reposent sur « le droit du plus grand nombre d’accéder aux plaisirs du cannabis et la liberté qu’a chacun de se nuire à lui-même ». L’État n’a pas à empêcher les individus de se faire du mal tant qu’ils ne font pas de mal à autrui. Le raisonnement est pragmatique : malgré les politiques de prohibition, toute une économie parallèle de la drogue s’est développée qui mobilise, vainement, une grande partie des énergies de la police. La pénalisation rend, en outre, plus difficile l’accompagnement des consommateurs. Enfin, l’État se prive, avec la simple dépénalisation, d’une manne financière potentielle. Les arguments contre la légalisation existent. Peut-on être sûr que le consommateur ne fait pas de « mal » à autrui quand il consomme ? Comme avec toutes les drogues, alcool compris, il prend le risque de perdre le contrôle et de développer une addiction dont la communauté devra in fine assumer les coûts. Ces arguments sont entendables. Encore faut-il, pour les entendre, créer les conditions d’un vrai débat, ce qui est loin d’être le cas en France où le ministre de l’Intérieur s’en tient à ce slogan lapidaire : « La drogue, c’est de la merde. »