Habiter la lumière

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Cet article est issu du numéro 111 de Philosophie magazine « L’idéal de simplicité », en kiosque le 06 juillet 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pourquoi de nombreux voyageurs, illustres ou anonymes, ont-ils l’impression que, en Grèce, le soleil brille plus fort qu’ailleurs ?

Y a pas photon. S’émerveiller de la lumière des îles grecques semble un lieu commun. Les agences de voyages ont tant vanté la bronzette sur le marbre blanc qu’elles ont éculé le sujet.

Pourtant, tout voyageur débarquant sur une île de l’Égée y va de son couplet et rend ses devoirs au soleil. Michel Déon se félicite de trouver à Spetsai un « monde de lumière ». Charles Maurras (déjà sourd mais pas encore nationaliste aveugle) s’éblouit en 1896 que le soleil et le vent, « ces deux artistes supérieurs », modèlent la « face étin­celante » de la mer. Henry Miller croit voir apparaître dans les feux du jour des « étendues désertes sorties d’un monde d’éternité ». Et Hugo von Hofmannsthal, en bon Germanique, idéalise cette lumière où il voit les « noces incessantes de l’esprit et du monde ». Jacqueline de Romilly, elle, dans ses entretiens avec Alexandre Grandazzi, pense que la beauté de la langue grecque (qu’elle a tant défendue contre les cancres honteux de l’Éducation nationale) se retrouve dans « la clarté des paysages ». Les Grecs eux-mêmes, qui pourraient pourtant voir leur pays d’un autre œil, sont d’accord : « Ce pays est aussi dur que le silence, il serre les dents. Il n’y a pas d’eau. Seulement de la lumière », écrit Yánnis Rítsos dans Grécité. La dévotion à la clarté grecque est initiée dans l’Odyssée : il coûtera la vie à la totalité de l’équipage d’Ulysse de s’être attaqué aux troupeaux du Soleil. Bref, on ne rigole pas avec la lumière en Grèce. Le mot hélios (« soleil ») n’a pas changé depuis trente siècles. L’astre brille depuis des milliards d’années, et Rítsos envoie paître tout récalcitrant : « Si la lumière te gêne, c’est de ta faute. »

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