Henri Atlan. « Un facteur d’organisation »
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Cet article est issu du numéro 51 de Philosophie magazine « 51 - été 2011 », en kiosque le 30 juin 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Opposé à l’idée du tout-génétique, le biologiste et philosophe Henri Atlan constate qu’une « auto-organisation » est à l’œuvre dans le vivant : ce sont des perturbations aléatoires qui font émerger la nouveauté.
Comment notre vision du hasard s’est-elle transformée ?
Pour la pensée magique, rien n’arrive par hasard, toute coïncidence cache un sens concernant le passé ou l’avenir. Dans l’Antiquité, c’est l’oracle qui dévoilait ce sens ; c’est aujourd’hui le rôle de l’astrologie et des techniques dites de divination. Parmi celles-ci, le tirage au sort dévoile par construction quelque chose de caché : la face du dé qui sort était cachée parmi les possibles avant de se dévoiler. Tout le problème consiste alors pour le devin à l’appliquer en l’interprétant suivant chaque situation. Cette attitude magique s’observe encore aujourd’hui, y compris chez les interprètes de l’actualité qui veulent à tout prix, à propos de chaque événement, connaître la « vraie cause », qui évidemment nous est cachée, éventuellement par un complot… Mais quand la Pythie et les oracles ont cessé de parler en Grèce, quand la prophétie biblique s’est arrêtée, quand le chamanisme fut refoulé, le tirage au sort ne pouvait plus servir d’oracle, sauf à nourrir encore des superstitions. Il a alors inspiré les jeux de hasard et est devenu une façon convenue de régler des problèmes de partage en l’absence d’accord sur les désirs des unes et des autres parties. Une telle neutralité opératoire n’a fait que se renforcer avec le calcul des probabilités. Cette « géométrie du hasard », comme l’appelait Pascal qui en découvrait les premières bases, lui confère une réalité objective, mathématique, en dehors de tout domaine d’application particulier.