Hors-série "La Renaissance"

Humain ou trop humain ?

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Humanisme : le mot a si souvent servi qu’on peine à s’accorder sur son sens. Le mieux est d’aller puiser aux sources. C’est précisément ce qu’ont fait les premiers humanistes, bien avant qu’on ne les baptise ainsi…

 

Qu’est-ce que l’humanisme ?

Avec l’humanisme, l’homme s’affirme au centre du monde et s’attribue une dignité qui le place au rang de créateur de son propre destin. Cette conscience est contemporaine de l’apparition de la « République des lettres » – comme la nomme Francisco Barbaro dans une lettre à Poggio Bracciolini, dit le Pogge, en 1417 – qui désigne un espace de discussion critique sans égal avant la Renaissance. S’ensuivent une chasse aux manuscrits grecs et latins et la naissance de la critique philologique : « Pillons-les », dira Ronsard à propos des Anciens – « mais pour les surpasser », ajoute-t-il, car l’imitation devient synonyme de renouveau. L’humanisme, c’est, résume Nietzsche, « l’émancipation de la pensée, le dédain des autorités, le triomphe de la culture sur la morgue de la naissance, l’enthousiasme pour la science et le passé scientifique de l’humanité, l’affranchissement de l’individu, la flamme de la véracité ». Deux guerres mondiales plus tard, et contre « l’existentialisme est un humanisme » de Sartre, Heidegger, Lévi-Strauss, Althusser et Foucault pointent ce qu’ils considèrent comme l’échec de l’humanisme, que résume l’auteur de Tristes Tropiques : « Toutes les tragédies que nous avons vécues, d’abord avec le colonialisme, puis avec le fascisme, enfin les camps d’extermination, cela s’inscrit non en opposition ou en contradiction avec le prétendu humanisme sous la forme où nous le pratiquons depuis plusieurs siècles, mais, dirais-je, presque dans son prolongement naturel. » De ce débat récurrent, reste aujourd’hui le sentiment qu’un retour aux sources de l’humanisme est nécessaire pour renouveler les termes de la critique.

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