« Il n’y a pas d’homosexuels en Iran »
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 14 de Philosophie magazine « 14 - novembre 2007 », en kiosque le 25 octobre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Mahmoud Ahmadinejad, à l’université Columbia (New York), 24 septembre 2007
Dans sa saga de science-fiction intitulée Le cycle des Princes d’Ambre, Roger Zelazny met en scène les héritiers d’un roi mythique qui détiennent le singulier pouvoir de modeler la réalité au gré de leur imagination. (L’un des épisodes les plus fameux montre qu’il est extrêmement dangereux d’exercer un tel pouvoir après avoir absorbé du LSD.) Ces princes, dont le jeu favori consiste à s’entre-massacrer à travers les cours du chaos, ont l’imagination performative.
En rhétorique, une locution performative désigne une affirmation qui constitue simultanément l’acte auquel elle se réfère. Qui fait entrer cet acte dans l’ordre des choses. « Je le jure » devant la barre du tribunal ou « Je t’aime » dans le regard de l’autre ont cette capacité d’agir sur le réel et de le transformer par le simple fait qu’ils sont dits.
Le droit, on le devine, est le champ privilégié de telles affirmations, au point que l’histoire de la souveraineté est en grande partie l’histoire de formules, de mots d’État, dont la profération crée la réalité politique plus encore qu’elle ne la décrit. Lorsque les légistes de Philippe le Bel forgent l’adage « Le roi est empereur en son royaume », ils émancipent du même coup la couronne de France de la tutelle pontificale. Lorsqu’il écrit, dans sa fameuse lettre du 9 juin 1626, au cardinal de Richelieu : « C’est assez que c’est moi qui le veux », Louis XIII enterre définitivement la souveraineté féodale et fonde l’État moderne.