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Iran : d’où vient le culte des martyrs ?

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Iran : d’où vient le culte des martyrs ?

Téhéran (Iran), le 14 juillet 2026. Cérémonie en hommage à l’ancien Guide suprême Ali Khamenei, mort en février dans une frappe américano-israélienne. © Fatemeh Bahrami/Anadolu via AFP

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Réactivée pour les funérailles de l’ancien Guide suprême iranien Ali Khamenei la semaine dernière, la culture du martyr a une très longue histoire dans l’islam – et tout particulièrement dans le chiisme. Retour sur le sens d’une tradition intellectuelle et politique dont la traduction concrète a souvent partie liée avec la violence. 


 

La culture du martyr est profondément enracinée dans le régime islamique, notamment depuis la guerre Iran-Irak de 1980-88. Les portraits des grands martyrs de ce conflit qui fit un demi-million de morts côté iranien, comme ceux des victimes des affrontements récents avec Israël et les États-Unis sont affichés dans l’espace public (banderoles, monuments, etc.). Les martyrs de l’histoire de l’islam sont étudiés dans les manuels scolaires, et le sacrifice est valorisé par la propagande officielle.

Si le culte des martyrs est si présent dans l’Iran contemporain, c’est d’abord pour des raisons historiques. Une des grandes figures de l’islam iranien est Al-Hussein ibn Ali, troisième des douze imams du chiisme duodécimain. Ce dernier est connu pour s’être soulevé en 680. Le premier calife de la dynastie omeyyade, Mu’awiya, qui règne alors sur le monde musulman, vient de trouver la mort : son fils Yazīd Ier lui succède. Pour Al-Hussein ibn Ali, cette succession est une violation du traité passé entre son frère aîné Al-Hassan et Mu’awiya, qui prévoyait que ce dernier ne fonderait pas une dynastie et n’imposerait pas son successeur. Yazīd passe de surcroît pour un homme à la piété douteuse, cruel, injuste et assoiffé de pouvoir. Le soulèvement se solde à la bataille de Kerbala : les forces de Hussein sont vaincues, et celui-ci, refusant de se raviser, est tué. L’événement est décisif dans la divergence entre sunnisme et chiisme.

Philosophie du martyr

L’exemple d’Hussein est abondamment commenté par le philosophe et sociologue Ali Shariati (1933-1977), l’un des grands penseurs de la révolution islamique de 1979. Celui-ci évoque longuement, dans « Jihad & Shahadat. A Discussion of Shahid », (« Djihad et martyre. Le martyr en question ») la figure du martyr (chahid) – plus exactement du chahid qui meurt « pour la cause de Dieu ». Le martyr a quelque chose de sacré en vertu de la cause pour laquelle il donne sa vie. Shariati prend, pour faire comprendre l’essence du martyr, un exemple simple :

“La justice revêt à nos yeux un caractère sacré. […] Si je donne mille dollars de ma poche pour l’instauration de la justice, ces mille dollars s’imprègnent du caractère sacré de la justice. Tant qu’ils sont en ma possession, ce ne sont que mille dollars. Lorsque je les sacrifie au nom de la justice, ils se trouvent affirmés sous une autre forme, car ils se transforment en l’essence même de la justice”

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