Intraduisible

Jayus

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Cet article est issu du numéro 158 de Philosophie magazine, en kiosque le 19 mars 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : indonésien

 

Même si le mot ne vous dit rien, vous avez sans doute déjà vécu la situation que décrit le terme indonésien jayus : emporté par l’élan d’une discussion amicale, vous vous lancez dans une blague qui tombe complètement à l’eau et provoquez l’hilarité de l’assemblée… à vos dépens. Ce qui devait faire rire échoue mais fait s’esclaffer par son incapacité à atteindre le but recherché. C’est cette inversion qu’évoque le jayus. Le mot lui-même doit son origine à un certain Jayusman Yunus, membre d’une troupe de danse fondée en 1977, qui avait pour habitude de raconter de fort mauvaises blagues – et d’arriver toujours en retard. Comment se sortir alors de l’embarras du jayus ? Dans Petite Philosophie des histoires drôles (Eyrolles, 2009), Luc de Brabandere souligne que « la mécanique du rire implique une structure triangulaire » mettant en jeu un « public », un « moqueur qui tourmente » et une « victime » – le plus souvent symbolique. « Le score du match est toujours 2-1. » Impossible ou presque de déroger à cette règle tacite de la blague : il y aura un perdant dans ce jeu à trois. La victime, en général. Mais pas toujours : « Parfois, le score s’inverse. L’humoriste rate son coup et devient la risée d’un public. » Il n’a alors plus d’autre échappatoire que de « rire de son propre échec » et d’« accepter d’être un moqueur moqué ». Vive l’autodérision !