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“Je penche, donc je suis”… et autres détournements (philosophiques) du “cogito”

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“Je penche, donc je suis”… et autres détournements (philosophiques) du “cogito”

Portrait de René Descartes par Frans Hals. © Domaine public

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« Je pense, donc je suis », écrivait Descartes dans son Discours de la méthode (1637). Rarement phrase philosophique ne donnera lieu à plus de formules parodiques. Détournée ironiquement, on la retrouve émise par la tour de Pise (« Je penche, donc je suis ») comme dans la bouche du laveur de vitres (« J’épanche, donc j’essuie »), de l’urgentiste (« Je panse, donc je suis »), de la fashion victim (« Je dépense, donc je suis ») ou encore sous la plume d’un Desproges un brin autoritaire (« Je pense, donc tu suis »)…

Mais la phrase la plus célèbre de l’histoire de la philosophie n’a pas inspiré que les facétieux. Elle a initié de savantes réflexions chez les anticartésiens. Retenons parmi d’autres trois penseurs français du milieu du XXe siècle.


Bachelard : “Je pense, donc je pèse” (“L’Air et les Songes”, 1943)

Bien que rationaliste, le philosophe des sciences Gaston Bachelard écrit volontiers contre Descartes. Il lui reproche de négliger la place de l’imagination dans l’appréhension du réel. Le cogito (« je pense ») qui transforme le monde en strict espace géométrique ne doit pas étouffer en nous le « cogito rêveur » qui se nourrit d’« images cosmisantes » comme le feu, l’eau, la terre ou l’air, éléments matériels fondamentaux pour l’imaginaire poétique. Or ce que révèle la rêverie sur la poésie du vent, de l’azur, du vol ou encore des ailes, c’est que la dynamique de l’imagination est ascensionnelle. Elle vise l’élévation pour mieux contempler. Rien ne le montre mieux que l’œuvre de Nietzsche, le philosophe qui avait compris que pour s’estimer et se surmonter soi-même, il fallait évaluer sa propre pesanteur. « Et c’est en cela que l’image du peseur est si importante dans la philosophie de Nietzsche. Le je pense donc je pèse n’est pas pour rien lié à une profonde étymologie. Le cogito pondéral est le premier des cogito dynamiques », écrit ainsi Bachelard. Si penser consiste à évaluer sur une balance le poids des choses pour donner crédit à celles qui peuvent être sublimées, c’est-à-dire à celles qui atteignent à « la profondeur de tous les sommets » (Nietzsche, À Hafez, Poésie), alors il faut accorder que c’est le rêve aérien, plus que la méditation métaphysique cartésienne, qui donne à l’homme sa grandeur, c’est-à-dire … sa légèreté.

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