Jean-Paul Sartre et le garçon de café

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Cet article est issu du numéro 1 de Philosophie magazine « 1 - avril/mai 2006 », en kiosque le 30 mars 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les philosophes, pour présenter leurs théories, aiment se servir d’exemples. Dans L’Etre et le Néant, Sartre choisit un garçon de café pour illustrer sa définition très personnelle de la mauvaise foi.

Était-ce au Flore ou à la Coupole ? Jean-Paul Sartre entre, s’assied sur la banquette, commande un café, allume une cigarette, saisit son stylo et c’est un jaillissement continu d’idées, de concepts et d’intuitions géniales. Avec une rapidité fulgurante, il noircit la page de son écriture compulsive, obsessionnelle, névrotique. Sartre écrit et observe. Il a l’œil torve, mais le regard perçant. Est-ce cette jolie femme qu’il déshabille du regard ? Non, ce qui le fascine, aujourd’hui, c’est le va-et-vient du garçon de café.

Derrière le verre épais de ses lunettes, Sartre le considère : « Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate, tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule [...]. Toute sa conduite nous semble un jeu [...]. Il joue, il s’amuse. Mais à quoi joue-t-il ? Il ne faut pas l’observer longtemps pour s’en rendre compte : il joue à être garçon de café. »

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