Sport
Jeux olympiques : fête ou mascarade ?
Paris, le 15 juillet 2024. Le relais de la flamme olympique à côté des danseuses du cabaret Le Moulin Rouge. © Bertrand Guay/AFP
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Les JO vont-il faire de Paris une joyeuse bamboche ou, au contraire, un cauchemar ? À quelques jours de la cérémonie d’ouverture, la question demeure. Pour ses détracteurs, le rendez-vous sportif international est une détestable parodie. Pour ses adeptes, il tient plutôt d’un grand moment de communion.
« Cauchemardesques » : c’est en ces termes sans équivoque que le polémiste et romancier Philippe Muray qualifie, dans Désaccord parfait (2000), les Jeux olympiques. Toutes les compétitions sportives, et tout particulièrement la plus célèbre, lui inspirent une profonde horreur mêlée de fascination moqueuse : « Ce qu’il y a d’attirant presque, ce sont les mille facettes de la bêtise éternelle que le sport incarne : la stupidité du muscle intensif, le crétinisme de la force, la niaiserie de l’exercice méthodique, l’optimisme absurde du dépassement de soi et de la répétition de ce dépassement, la sottise de la performance comme argument. » Mais plus encore, c’est le nationalisme latent qui frappe Muray dans l’olympisme. Sous les dehors glorieux, le « rêve sportif absolu de la grande fraternité des peuples […] sur le terrain, se traduit automatiquement par son contraire radical », à savoir la rivalité patriotique la plus imbécile. L’idéal cache (à peine) le « chauvinisme le plus sordide ». Caustique, Muray lance : « Cela m’a toujours réjoui, moi d’apprendre la défaite de la France à telle ou telle répugnante compétition internationale, à cause de la tête catastrophée de la plupart de mes concitoyens. Comme atteinte au moral de la nation, comme détérioration de son image, comme déstabilisation de sa réputation, une défaite de l’équipe de France […] peut avoir son intérêt. » Mais l’essayiste nuance immédiatement : « Que cet intérêt est faible comparé à la tyrannie bienveillante dont le sport, dans la société disneylandisée d’aujourd’hui, est devenu l’un des moteurs essentiels. » Par société disneylandisée, il entend « toute société où les maîtres sont maîtres des attractions et les esclaves spectateurs ou acteurs de celles-ci ». Le sport est le nouvel opium des peuples : la grande mascarade qui s’empare de l’attention canalise les colères et les frustrations, absorbe les désirs et les espoirs singuliers, et réduit chaque individu à un état de passivité débilitante. Les JO ne sont pas une fête, loin de là : ils sont le point d’orgue, l’acmé d’un mode de vie, celui de l’Homo festivus, où la fête est partout et, partant, perd son sens. « La fête, qui était une rupture dans le continuum de la vie quotidienne, est devenue le tout de la vie quotidienne. » L’olympisme prolonge ce règne permanent de la distraction qui entretient le conformisme le plus vain. Les athlètes, sans doute, rivalisent dans le stade, sous les yeux captivés de la foule. Mais le spectacle est un double travestissement : d’une part, en guise d’épanouissement individuel, le sport offre le modèle d’une compétition comparative qui ramène la performance à un étalon unique, quantitatif ; d’autre part, à mesure que la compétition devient plus impressionnante, que les performances se font plus incroyables, la foule indifférenciée « délègue » à ce spectacle extérieur tout souci d’affirmation personnelle. Elle abandonne sa singularité en la vivant comme par procuration. À bas les JO !