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Joann Sfar : « J’aime son dilettantisme et son côté infréquentable »
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Cet article est issu du numéro 43 de Philosophie magazine « 43 - octobre 2010 », en kiosque le 30 septembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Dans mon projet de monter une petite bibliothèque philosophique, j’ai illustré le Banquet de Platon et Candide de Voltaire. Dans les deux cas, le texte intégral est reproduit et j’interviens dans les marges avec des dessins et des commentaires un peu potaches. Conte férocement drôle et accessible à tous, Candide est un rêve pour un auteur de BD, car Voltaire y déploie son génie du trait et des images. Quand il dépeint des contrées exotiques où des femmes se font manger les fesses, l’imagination est naturellement stimulée. Au-delà de Candide, j’aime l’homme : son goût du confort et son dilettantisme – les pasionarias de la vérité comme Rousseau m’agacent –, le fait qu’il organisait chez lui des spectacles de lanterne magique. Son côté infréquentable, sa haine de toutes les religions me séduisent. Mon chat du rabbin est un personnage voltairien : il est méchant et ne manque pas une occasion de dire que Dieu n’existe pas ou que c’est un imbécile. Je viens d’achever un volume sur la période des Lumières, porté par une morale voltairienne de critique de l’optimisme : l’héroïne, une jeune comtesse du sud de la France qui se pique de philosophie, est naïve à souhait ; elle croit vivre dans le meilleur des mondes, alors qu’elle marche au milieu de torrents de larmes. Voltaire combine un réalisme désespéré avec une ironie mordante typiquement française, aujourd’hui en danger : tous ceux qui ridiculisent ou caricaturent les attitudes religieuses sont voués aux gémonies, alors que leur démarche est salutaire et combat l’extrémisme ! Voltaire est l’une de ces figures provocantes qui, comme Gainsbourg – même si ce dernier est romantique et autodestructeur, ce que Voltaire n’est pas –, me donnent des raisons d’espérer et de me réjouir de mon pays. »