Économie / Impôts

De la succession dans les idées

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De la succession dans les idées

Valérie Pécresse et Anne Hidalgo. ©Denis/Rea

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Cet article est issu du numéro 157 de Philosophie magazine « Comment la droite s’est emparée des esprits », en kiosque le 17 février 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les droits de succession s’invitent dans la campagne présidentielle et divisent les candidats. Selon leurs convictions, ils sont soit du côté de Locke et de Nozick, soit du côté de Saint-Simon.

 

Faut-il augmenter l’impôt sur les successions afin de corriger des inégalités en hausse ? Les économistes semblent s’accorder sur ce point selon un rapport du Conseil d’analyse économique (CAE). Cependant, 81 % des Français y sont opposés. Après tout, quoi de plus normal que de vouloir transmettre l’argent qu’on a gagné par un dur labeur à ses enfants ? Mais la lecture économique contredit cette vision très affective. S’agissant des héritages en ligne directe, 85 % des Français ne payent pas de droits de succession. Ainsi, l’argent gagné par l’État à travers cet impôt provient-il majoritairement de rentes transmises de génération en génération, et non d’années de labeur.

Ce thème s’est invité dans la campagne présidentielle. Les candidats de droite et d’extrême droite s’opposent à toute hausse de la taxation sur l’héritage. Ils défendent même un allégement des droits de succession, à commencer par Valérie Pécresse, qui entend les supprimer « pour 95 % des Français ». Même son de cloche à l’extrême droite : Marine Le Pen, elle, souhaite exonérer une large partie des biens immobiliers de droits de succession afin de « favoriser l’enracinement et la transmission » ; quant à Éric Zemmour, il veut supprimer les taxes sur la transmission d’entreprises familiales. On est tenté de rapprocher ces candidats du grand défenseur de la propriété privée qu’est le philosophe anglais John Locke. Il la définit en effet dans son Traité du gouvernement civil (1690) comme un droit fondamental, légitimé par le travail. Tout ce qui découle du labeur de l’homme relève de sa propriété : « Le travail de son corps et l’ouvrage de ses mains lui appartiennent en propre. » Cependant, Locke est un adversaire farouche des rentes patrimoniales. Ainsi, le projet d’allégement des droits de succession s’inscrit davantage encore dans la pensée libertarienne. Après lui, l’Américain Robert Nozick déclare dans Anarchie, État et Utopie (1974) que « l’imposition des biens provenant du travail se retrouve sur un pied d’égalité avec les travaux forcés ». Dans Méditations sur la vie (1989), il défend l’héritage au nom d’un droit de transmettre le fruit de son travail à sa famille : « Le donateur a gagné le droit de marquer ses liens relationnels via l’héritage. »

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