Entretien
Joseph Daher : “Le Hezbollah n’est plus assez soutenu pour se lancer dans une guerre ouverte”
Un café du quartier Shiyah de la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 19 septembre 2024. A l’écran, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah. © Fadel Itani / NurPhoto via AFP
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Le Hezbollah, organisation considérée comme terroriste par les États-Unis et Israël, reste la plus grande force politique du Liban. Pourtant, depuis la précédente guerre israélo-libanaise de 2006, le parti qui rassemblait toutes les tendances religieuses a perdu ses soutiens pour ne quasiment plus reposer que sur sa base chiite. Explications de Joseph Daher, professeur à l’université de Lausanne et auteur d’un essai éclairant sur le Hezbollah.
Le Hezbollah libanais pourrait-il se lancer dans une guerre ouverte contre Israël ?
Joseph Daher : Depuis le 7 octobre 2023, le discours et le comportement du Hezbollah démontrent une volonté d’éviter une telle possibilité. Déjà, avant le déclenchement de la guerre de l’État d’Israël contre la bande de Gaza, le renforcement de l’alliance entre le Hezbollah, ses alliés palestiniens et d’autres groupes soutenus par Téhéran dans la région avait pour but de renforcer sa capacité de dissuasion à l’égard d’Israël. Cela s’est matérialisé, après le 7-Octobre, avec la stratégie dite de l’« unité des fronts ». Cependant, les premières cibles du Hezbollah étaient les fermes de Chebaa en territoire libanais occupées et non directement la terre israélienne. Par la suite, il a mené des attaques sur des sites militaires israéliens avec, récemment, une intensité croissante en réaction à l’escalade militaire et des opérations terroristes à partir de la mi-septembre dont le bilan est de 570 morts – en grande majorité des civils, dont 50 enfants, et des milliers de blessés. Les opérations militaires du Hezbollah sont néanmoins restées dans une perspective calculée – et relativement modérée comparée à la violence des attaques israéliennes.
“L’objectif du Hezbollah est d’éviter une guerre totale avec Israël”
Toujours pour ralentir l’entrée dans un conflit ouvert avec des armées au sol ?
Oui, l’objectif du Hezbollah est d’éviter une guerre totale avec Israël et de montrer sa solidarité avec ses alliés politiques palestiniens afin d’être crédible quand il mobilise la rhétorique de la résistance, tout en cherchant à protéger ses intérêts… Ses membres ne se doutaient certainement pas que cela durerait autant et qu’Israël allait monter à un tel niveau d’intensité dans ses attaques contre le Liban. En fin de compte, la guerre génocidaire continue à Gaza, malgré toutes les opérations du Hezbollah. L’unité des fronts devient donc de plus en plus difficile à défendre politiquement au sein de la population libanaise. Enfin, le Hezbollah a encore des capacités militaires, bien plus importantes qu’en 2006 – notamment au niveau de ses missiles –, même si leur communication interne a été affaiblie et un grand nombre de leurs cadres assassinés. Cependant, le coût pour le Liban est de plus en plus lourd, et l’organisation ne veut pas que ce conflit soit instrumentalisé par ses ennemis politiques intérieurs qui en feraient la principale responsable de tous les malheurs du pays.