Au bistrot

Judith Butler. En eaux troubles

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Cet article est issu du numéro 3 de Philosophie magazine « 3 - août/sept. 2006 », en kiosque le 27 juillet 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Judith Butler, féministe et engagée, excelle à déconstruire les normes du « genre ». Dans ses livres où la théorie acquiert une portée éminemment politique, elle plaide pour une société où les minorités, quel que soit leur choix sexuel, trouvent leur place.

« On ne naît pas femme : on le devient », écrivait Simone de Beauvoir en 1949 dans Le Deuxième Sexe. À cette proposition féministe révolutionnaire, Judith Butler ajouterait : « Ou pas. » Sous sa plume acérée, aiguisée à la critique, ce minuscule appendice prend des allures de coup de tonnerre. De son -ouvrage fondateur traduit en dix-sept langues, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, à son dernier livre, Défaire le genre, la philosophe américaine milite pour que l’on ne confonde plus sexe et genre. Naître avec un sexe féminin n’entraîne pas nécessairement une destinée de femme. Déconnecté des données biologiques, le genre (gender en anglais) est une construction sociale et culturelle. Une « pratique d’improvisation », une « parodie », une « performance », affirme Judith Butler.

« La philosophie et la sexualité sont très liées dans mon histoire »

Le théâtre du genre se montre bigarré. Personne ne peut y échapper : quand certains se délectent en cuisine de leur rôle conjugal traditionnel, assumant tous les stéréotypes du couple, d’autres inventent au grand jour de loufoques mises en scène. Les drag-queens, hommes déguisés en femmes, font de la parade de leur corps hybride un spectacle à part entière. Cette vaste gamme de rituels, de travestissements partagés par tout un chacun – que ces rôles soient implicites ou extériorisés, subis ou choisis –, dessine un espace de jeu qui subvertit l’opposition essentialiste entre l’homme et la femme et déjoue les normes hégémoniques de l’hétérosexualité. « En imitant le genre, le drag révèle implicitement la structure imitative du genre lui-même – ainsi que sa contingence. […] En lieu et place de la loi de cohérence hétérosexuelle, nous voyons le sexe et le genre être dénaturalisés à travers une performance qui reconnaît leur clarté et met en scène le mécanisme culturel qui fabrique leur unité », peut-on lire dans Trouble dans le genre.

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