Littérature
Louis Aragon et les joies de la piscine
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Lorsqu’il vient se prélasser dans les eaux de la piscine d’Oberkampf, Aurélien – le héros éponyme du livre de Louis Aragon publié en 1944 – est pris entre deux eaux. D’une part, l’observation de la joyeuse camaraderie qui règne dans le monde des ouvriers venus se détendre après le travail, et de l’autre, le délassement solitaire que lui procure la nage. Plongeons avec lui dans une expérience mystique, sociologique… et même un peu érotique.
Un autre monde
Aurélien, rentier de son état, rentre dans la piscine comme un bourgeois à l’usine. Ce « boyau d’eau verte, assez propre, bien éclairé » est en effet peuplé par « la jeunesse du quartier sortant des ateliers. » Très loin donc, des espaces feutrés qu’un Parisien de la haute société de l’époque a l’habitude de côtoyer. On vient dans « cette grenouillère » « par goût de la nage et du bain » et non « pour des affaires continuées au bar en peignoir, avec des femmes fardées, des messieurs équivoques, des colliers de perles et des maillots américains. » La natation avant les mondanités : voici le premier commandement (implicite) de la piscine municipale.
Autre monde, autres règles : notamment concernant la pudeur. Aurélien se déshabille dans une cabine privée tandis qu’à côté, on « bavarde en liquette » et on « s’essuie les pieds les fesses à l’air ». Laissant aux vestiaires « les mœurs hypocrites » importées du beau monde, il se débarrasse définitivement de ses airs bourgeois au moment où il enfile « le petit caleçon coulissant » qui fait « des plis autour du ventre ». Semblable à tous, il retrouve un « anonymat social » qu’il vit avec une certaine délectation, comme un « dépaysement secret ». La piscine municipale aurait donc le mystérieux pouvoir de dissoudre les classes sociales.