À lire
Julia de Funès contre les dérives identitaires
Julia de Funès en 2022. © Laurent Villeret pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
L’identité, personnelle ou collective, envahit nos sociétés. Faut-il s’en inquiéter ? Oui, affirme la philosophe Julia de Funès dans son nouvel essai Le Siècle des égarés (L’Observatoire, 2022). L’identité nous fige, là où le sentiment de soi nous humanise et nous distingue. Explications.
Nous n’en finissons pas d’en finir avec l’identité, valeur cardinale de notre modernité aujourd’hui sous le feu des critiques répétées. Comme un symptôme de l’ampleur de la réflexion qu’elle suscite dans le champ politique et philosophique actuel, l’essai de Julia de Funès Le Siècle des égarés densifie un corpus sur un sujet récurrent cette année, incarné par plusieurs livres importants (L’Identité humaine en dialogue de Claude Romano, que nous avions traité ici, ou Trouble dans l’identité de Paul Audi, à retrouver là).
Partant du double constat selon lequel des revendications identitaires se crispent à l’échelle politique et la narcissisation du « moi » s’intensifie à l’échelle individuelle, l’autrice estime que « notre siècle se fourvoie » dans ses égarements identitaires pour au moins trois raisons. « À l’échelle individuelle, l’identité s’avère la plupart du temps un piège pour soi-même […] À l’échelle collective, il suffit d’un regard pour constater que les dogmatismes identitaires s’exacerbent et que l’universalisme perd de son prestige […] Sur le plan théorique, l’identité ne mène qu’à des impasses philosophiques. » L’exigence permanente de reconnaissance, de parité, de diversité ou d’inclusion est pour elle « le symptôme d’un pays en désir de considération identitaire de plus en plus vif ». Sous couvert de tolérance, d’égalité et d’inclusion, la nouvelle « idéologie identitaire », portée par les mouvements « communautaristes », déploie « un nouvel ordre moral, revêche et intransigeant ». « L’heure est donc à la vigilance face à cette traque identitaire, érigeant la repentance en programme et la contrition en idéal », affirme Julia de Funès.