Reportage
Comment j’ai éclaté de rire aux funérailles d’Élisabeth II
Une foule de Londoniens est allée à Hyde Park, où les funérailles de la reine Élisabeth II étaient diffusées sur grand écran… et sur l’écran de leur smartphone. © Athénaïs Gagey pour PM
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Notre journaliste Athénaïs Gagey, qui vit à Londres, a assisté aux funérailles de la reine, lundi. Un moment solennel, sans cesse contredit par des détails loufoques ou prosaïques dans la foule. Récit d’un jour à nul autre pareil, sous le regard amusé de Hegel.
Les funérailles sont rarement la promesse de passer un bon moment… mais celles de la reine d’Angleterre, auxquelles j’ai pu assister, n’étaient pas tristes. Je me doutais que cet événement historique ne déclencherait pas chez moi des torrents de larmes. Pour autant, je n’avais pas anticipé qu’il provoquerait l’effet opposé : une très curieuse et inappropriée envie de pouffer de rire.
Cette réaction m’a d’abord embarrassée parce qu’elle m’a semblé irrespectueuse, mais aussi parce que j’ai eu du mal à la comprendre : incapable sur le moment d’en saisir la cause, j’avais pourtant la conviction que, d’une manière ou d’une autre, elle était légitime. Vu le pedigree d’une Élisabeth II, dont le monde entier salue la dignité et le règne remarquable, ce n’aurait pu être un ricanement moqueur.
N’ayant pas pour autant d’attachement émotionnel particulier pour la reine, il n’aurait pas pu s’agir non plus d’un de ces fous rires dit « noirs », qui soulagent ceux dont les nerfs flanchent sous le poids de la peine et de la sidération. Après réflexion, j’ai finalement trouvé une réponse : disons que les funérailles de la Reine d’Angleterre, c’était ce qu’on pourrait appeler du grand comique de contradiction.
“Too much” ou condescendance ?
Dire que j’ai assisté aux obsèques de la reine, ce serait exagéré. J’avais l’espoir de me faufiler derrière une barrière pour assister au cortège, à la sortie de messe en grandes pompes – avec chevaliers, militaires, carrosses, tambours et trompettes. Il aurait fallu pour cela se réveiller à 2h du matin, voire ne pas se coucher du tout. À la place, je me suis donc retrouvée embarquée dans une marche géante, direction Hyde Park, où les obsèques devaient être diffusées sur grand écran.
“Les Anglais en font-ils un peu trop ? N’est-ce pas leur dévotion religieuse, qui tire sur le bigotisme, qui a excité mon envie de rire ?”
Pour faire mémoire du règne le plus long de l’histoire de la Grande-Bretagne, les gens ont couvert leurs épaules de drapeaux, se sont peinturluré la figure, ont imprimé portraits et prières, et glissé des lettres dans des bouquets de fleurs qui s’accumulent au pied des arbres. « Nous sommes venus à quatre du nord de l’Angleterre. On a réservé un hôtel exprès : c’est important que les enfants soient là : ma fille s’appelle Elizabeth, mon fils a pour deuxième prénom, Charles », explique une mère de famille.