Politique étrangère
De la reine Victoria à Thatcher, May et Truss : est-il plus simple de devenir une femme de pouvoir au Royaume-Uni ?
Élisabeth d’Angleterre. Portrait dit “Gripsholm”, anonyme, huile sur bois, 1563. Conservé au Nationalmuseum de Stockholm (Suède). © Fine Art Images/Bridgeman
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Après le décès d’Élisabeth II et l’accession au trône de Charles III (appelé depuis plus de soixante ans le « prince Charles »), on a vu fleurir sur les réseaux sociaux des variations autour de la formule « Je n’arrive pas à croire que la nouvelle reine soit un homme ». Nous sommes en effet habitués à voir des figures de pouvoir féminines au Royaume-Uni, qui a connu plusieurs reines marquantes au cours de son histoire ainsi que trois Premières ministres au cours du dernier demi-siècle. Mais cette féminisation s’avère plus ambiguë qu’il n’y paraît et nous en dit beaucoup sur la façon dont le pouvoir peut, ou non, opérer une subversion du genre.
« Nous sommes meilleurs pour les reines que pour les rois », lance, dans la série The Crown, l’ancien roi Édouard VIII à sa nièce Élisabeth II quelques jours après son accession au pouvoir. Avant celui de la défunte reine, le plus long règne de l’histoire britannique fut celui d’une autre queen regnant, Victoria, « ère victorienne » (1837-1901) qui coïncida avec l’apogée de la puissance impériale. Parmi les souverains à avoir régné le plus longtemps, on compte aussi Élisabeth Ire, dont le règne (1558-1603) est depuis qualifié d’« ère élisabéthaine ».
Et l’on peut remonter bien plus loin : « Dans les commandements, ils ne font point acception du sexe », écrit ainsi l’historien romain Tacite à propos de la reine celte rebelle Boadicée. « La présence de reines régnantes dans l’histoire britannique, et la tradition de prospérité nationale sous deux d’entre elles, les longuement installées Élisabeth Ire et Victoria, signifie que tout écolier britannique […] sait qu’il n’est pas hors de question qu’une femme dirige la Grande-Bretagne, de même que [Indira] Gandhi a bénéficié de la tradition hindoue de femmes puissantes dans la religion, la littérature et l’histoire malgré la place théoriquement inférieure assignée aux femmes dans cette société », conclut l’historienne britannique Antonia Fraser dans une exploration du « chariot de Boadicée » intitulée The Warrior Queens (1988).
Le roi est mort, vive la reine
Le Royaume-Uni a longtemps permis l’accession des femmes au trône tout en les plaçant dans une position inférieure aux hommes, au travers du système dit de la « primogéniture cognatique avec préférence masculine » : l’aîné des fils du souverain lui succède, ou l’aînée des filles s’il n’a pas de fils, ce qui fut le cas pour George VI, le père d’Élisabeth II. Cette préférence mâle a été abolie en 2013, ce qui permet aujourd’hui à la jeune Charlotte, fille cadette du prince de Galles, de devancer son frère Louis dans l’ordre de succession.