Royaume-Uni / Monarchie

Elizabeth II : régner sans gouverner

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Le prince Charles et la reine Élisabeth II dans le carrosse les conduisant à la Chambre des Lords, à Londres (Royaume-Uni), le 1er novembre 1967

Le prince Charles et la reine Élisabeth II dans le carrosse les conduisant à la Chambre des Lords, à Londres (Royaume-Uni), le 1er novembre 1967. © Keystone/Gamma-Rapho

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Cet article est issu du numéro 163 de Philosophie magazine « La sobriété. Pourquoi est-il si difficile de se modérer ? », en kiosque le 21 septembre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Discrète, secrète, mystérieuse, telles étaient les qualités de la défunte reine. Ce comportement a été détaillé par l’essayiste du XIXe siècle Walter Bagehot dans son ouvrage sur la constitution anglaise. Quel est le rôle d'un souverain au sein d’une monarchie parlementaire ?

 

Incarnation emblématique de la royauté britannique, Elizabeth II était parvenue, au fil des décennies, à tisser un lien d’affection entre la Couronne et ses sujets. Mais, au-delà de cet attachement, l’institution monarchique sert-elle encore politiquement à quelque chose dans un régime démocratique comme le Royaume-Uni ? Officiellement, la reine ou le roi « agit comme repère de l’identité, de l’unité et de la fierté nationales » et « apporte stabilité et continuité […] dans la mesure où le chef de l’État reste le même quand les gouvernements changent ».

C’est à l’essayiste Walter Bagehot (1826-1877) que l’on doit la théorisation de cette fonction de la monarchie. Dans son maître ouvrage The English Constitution (1867), qui deviendra rapidement le manuel d’éducation des souverains, il distingue deux aspects du pouvoir politique : d’une part, le « pan solennel » (dignified) qui « suscite et préserve la révérence de la population » et « apporte force motrice » ainsi que légitimité à l’action publique ; d’autre part, le « pan efficient » (effective) qui « met en œuvre » la politique, qui « gouverne » effectivement, en « employant cette puissance » qui émane du pan solennel. Le pan solennel est représenté par le roi ou à la reine, plus largement par la royauté. Pour Bagehot, sa survivance dans un cadre démocratique fait toute la force du régime britannique : « Étant donné que le cœur humain est fort et la raison humaine faible, la royauté sera forte parce qu’elle fait appel au sentiment diffus, et les républiques faibles parce qu’elles font appel à l’entendement. » Encore faut-il que le souverain respecte certaines règles de discrétion et de non-intervention : « La nation est divisée en partis, mais la Couronne n’est d’aucun parti. Sa séparation apparente des affaires est ce qui la soustrait à la fois aux inimitiés et à la profanation, ce qui préserve son mystère », et ce qui lui permet « d’être un symbole visible d’unité ». Le souverain doit donc rester lointain, inaccessible : « Le secret est essentiel à la fonction de la royauté anglaise telle qu’elle est aujourd’hui ». Le pouvoir royal, bien sûr, doit parfois se montrer, s’exhiber – mais ce qu’il s’agit alors d’exhiber, c’est la distance même qui sépare la royauté de ses sujets.

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