Planète / Écologie
Elizabeth Kolbert: “L’inventivité humaine nous met à part de la nature”
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Cet article est issu du numéro 92 de Philosophie magazine « Pense-t-on mieux seul ou à plusieurs ? », en kiosque le 20 août 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Selon la journaliste américaine Elizabeth Kolbert, nous vivons à l’âge d’une extinction massive d’espèces. Après quatre ans d’enquête, elle rappelle que nous en sommes à la fois les instigateurs et les victimes.
Le rythme de disparition des espèces sur Terre serait aujourd’hui cent fois plus élevé qu’avant la Renaissance : 338 attestées parmi les vertébrés depuis 1500. Ce rythme est comparable à celle qui a vu s’éteindre les dinosaures il y a 65 millions d’années. Qu’est-ce que cela signifie ?
Elizabeth Kolbert : Cela signifie que la sixième extinction est en cours et que le nombre d’espèces qui auront disparu à la fin de cette période sera du même ordre que celui que la Terre a connu lors des cinq précédents cataclysmes qui ont marqué les temps paléontologiques. De la même manière que nous observons les traces indiquant que, à la fin du Crétacé, une météorite a provoqué la catastrophe qui a balayé les trois quarts des espèces, l’extinction que nous vivons laissera une marque qui signalera, dans quelques millions d’années, aux géologues du futur qu’il s’est passé quelque chose de très important. Nous les humains changeons le monde à l’échelle géologique : bienvenue dans l’Anthropocène, ce nouvel âge dans lequel vous vivez, que vous le vouliez ou non.