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Elizabeth Duval : “Personne ne demande à une femme avant de la harceler ce que disent ses papiers d’identité”
“Ta transphobie n’est pas radicale, elle est patriarcale.” Slogan des groupes transgenres lors d’une manifestation en réaction aux féministes qui s’opposent à l’adoption du projet de loi sur la reconnaissance légale de l’autodétermination sur le genre, le 26 juin 2021 à Madrid, en Espagne. © Isabel Infantes/Getty/AFP
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C’est le débat brûlant de l’été en Espagne : une loi sur l’autodétermination du genre divise une partie de l’opinion publique et attise les oppositions entre militantes trans et certaines féministes. Elizabeth Duval, philosophe et écrivaine espagnole, a répondu à nos questions.
Que pensez vous de la loi sur l’autodétermination du genre actuellement débattue en Espagne ? Êtes-vous étonnée que cette loi très novatrice soit au cœur du débat dans un pays très catholique ?
Elizabeth Duval : Il y a un malentendu conceptuel qui apparaît très souvent lorsqu'on parle d'autodétermination de genre à propos de cette loi. L'autodétermination dont il est question n'est pas une autodétermination philosophique ou ontologique ; on ne parle pas d'un sujet qui se lèverait le matin et déterminerait librement son genre, comme si l'identité de genre était quelque chose que l'on choisirait de la même façon qu’on choisit de porter une chemise blanche ou bleue. Il n'y a pas d'élection volontariste du genre. L’identité est davantage quelque chose que l'on trouve que quelque chose à choisir ou à déterminer : on se retrouve face à une identité qui est déjà là, constituée par des facteurs socioculturels, psychologiques, voire biologiques. L'autodétermination par rapport à la loi est une autodétermination légale : la prise en compte de la capacité du sujet à déclarer librement son statut quant au genre, sans qu’il y ait besoin d'un témoin externe et surtout d'une procédure médicale qui irait à l'encontre de l'autonomie du sujet. Cette procédure constitue d’ailleurs, selon plusieurs verdicts du tribunal européen des droits de l’homme, une violation des droits humains, car elle provoquerait un choix entre l'intégrité physique du sujet et son droit à la vie privée et au libre développement de la personnalité, en l'obligeant à passer par un traitement médical pour pouvoir changer « officiellement » de genre. La loi actuellement débattue en Espagne cherche d’abord à corriger cette situation, et, de mon point de vue, la correction d’une injustice ne peut être que bénéfique. C’est vrai que l’Espagne est un pays de tradition très catholique, mais c’est aussi un pays assez progressiste où des avancées comme le mariage pour tous se sont produites bien avant qu’elles interviennent en France, par exemple. Ce n’est pas en fait du traditionalisme catholique qu’émanent beaucoup des critiques de cette loi mais d’une confrontation politique entre les deux partis de gauche au gouvernement et un courant réactionnaire du féminisme qui manipule les implications et les effets de la loi en suivant une stratégie que l’on a déjà vu internationalement, au Royaume-Uni par exemple.