La conversation
Julian Baggini : “L’école anglaise a opéré un retour aux fondamentaux, mais ses bons résultats Pisa doivent être pris avec des pincettes”
Julian Baggini. © Collection particulière
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Les derniers résultats de l’Angleterre à l’enquête Pisa sur l’éducation sont meilleurs que ceux des autres pays de l’OCDE. Or l’Angleterre a mis en place un nouveau programme d’enseignement en 2014. Le philosophe britannique Julian Baggini nous explique la portée de ce changement.
Le nouveau programme scolaire définit précisément les connaissances attendues des élèves. En anglais, une plus grande importance est accordée à l’étude de textes complets, à l’enrichissement du vocabulaire et à la grammaire ; en mathématiques, les exigences ont été relevées et l’enseignement s’est inspiré du modèle de Singapour : une progression très structurée, étape par étape, moins de thèmes abordés de manière superficielle, plus de temps consacré à chaque concept et une plus grande importance est accordée au raisonnement et à la résolution de problèmes. Est-ce que ces réformes expliquent selon vous les résultats de l’Angleterre au test Pisa ?
Julian Baggini : Il semble bien qu’il y ait un lien. La corrélation paraît trop forte pour être purement accidentelle. L’explication la plus simple est que l’Angleterre, à travers une série de réformes introduites il y a une dizaine d’années, s’est éloignée de méthodes d’enseignement considérées comme plus progressistes ou inclusives pour revenir à des approches plus traditionnelles, davantage centrées sur la lecture, l’écriture et le calcul — sur des compétences fondamentales qui sont indispensables pour apprendre à raisonner, à argumenter, etc. C’est généralement ainsi que l’orientation de ces réformes est présentée, et elles semblent avoir produit des résultats. Les enfants évalués dans la dernière enquête Pisa sont précisément ceux qui ont grandi avec ces réformes éducatives.
“Apprendre à penser par soi-même ne revient pas à abandonner les connaissances”
Lorsqu’on parle de méthodes d’enseignement, on oppose souvent l’acquisition de connaissances et l’apprentissage de la réflexion. De quel côté diriez-vous que penchent les réformes anglaises ?
D’abord, je pense que c’est une erreur d’opposer les deux. Il faut disposer d’informations, savoir des choses. Mais il faut aussi savoir penser. Je crois que l’éducation n’accorde toujours pas assez d’importance à l’apprentissage de la réflexion. Le problème, c’est que l’on imagine souvent que mettre l’accent sur la pensée revient à abandonner les connaissances. Ce serait absurde. Il faut savoir des choses, et notamment maîtriser les outils fondamentaux du langage et du calcul, pour pouvoir développer une pensée autonome. L’éducation devrait chercher à développer les deux.