Julien Rérolle. Le triple A éthique de la notation d’entreprises
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Cet article est issu du numéro 116 de Philosophie magazine « Peut-on désirer sans dominer ? », en kiosque le 11 janvier 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Une finance éthique est indispensable. » Chef d’entreprise habitué au costume-cravate, Julien Rérolle n’a rien du militant type Occupy Wall Street. À 46 ans, il a fondé en 2004 Spread Research, la seule agence de notation française indépendante. Comme le font les géants américains de Standard & Poor’s ou Moody’s, les analystes financiers de sa société délivrent prévisions et notes évaluant la capacité de remboursement des entreprises. Mais Spread Research, elle, n’est pas rémunérée par les entreprises qu’elle évalue mais par les investisseurs. En 2013, l’agence a été officiellement agréée par l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma). Elle analyse aujourd’hui 700 entreprises et compte une trentaine de salariés.
« Nous avons une vision différente du risque que celle des agences traditionnelles, explique-t-il. Nous évaluons les critères financiers d’une entreprise, mais aussi sociétaux, de bonne gouvernance et écologiques. Je n’aime pas parler de santé morale, mais il existe un lien entre la “santé éthique” et la santé économique d’une entreprise. Michelin, par exemple, dont le résultat net est en hausse de 12 % cette année, met en œuvre de nombreuses initiatives pour ses salariés (programmes de formation, télétravail, prévention médicale, autonomie, etc.). Ces mesures ont des effets concrets, quand on sait qu’un taux d’absentéisme fort est un gouffre pour le budget d’une entreprise. » Pour lui, l’économie de marché est loin de s’autoréguler façon main invisible d’Adam Smith. Ce sont les acteurs qui doivent veiller à ce que les intérêts particuliers ne viennent pas entraver l’intérêt commun. « Ainsi, les critères sociaux sont très pertinents pour anticiper un défaut de crédit d’une société. La gouvernance est un élément majeur : sans contre-pouvoirs organisés, les objectifs personnels du dirigeant peuvent prendre le dessus sur le réel objectif de l’entreprise. Ce dernier peut se laisser embarquer dans un désir de croissance à tout prix, une course de vitesse pénalisante et dangereuse. »