L'oeil et l'esprit
Kojève / Kandinsky. Vous avez dit abstrait ?
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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans un essai sur l’œuvre de Kandinsky, son neveu, le philosophe français d’origine russe Alexandre Kojève, s’en prend à une idée reçue : contrairement à ce que l’on pense, cette peinture n’est pas abstraite, mais concrète et objective.
Un jour, avant 1914, alors qu’il peint encore des œuvres figuratives, le Russe Vassily Kandinsky rentrant chez lui aperçoit, dans la pénombre, un tableau « d’une indescriptible beauté baigné de couleurs intérieures ». Les formes et les teintes lui paraissent incompréhensibles, n’évoquant aucun objet réel : il s’agit en fait d’une de ses toiles, posée contre le mur, que le crépuscule rend méconnaissable. Le lendemain, à la lumière du jour, la magie s’est évanouie. « Je savais à présent très exactement que l’objet était nuisible à mes tableaux », se souvient le peintre. Peu à peu, il dissout les contours de ses compositions pour arriver, dans l’après-guerre, à mêler des formes purement géométriques (cercles, triangles, carré, etc.) et des formes plus libres, sinueuses ou nébuleuses. Ainsi, dans la toile Jaune-Rouge-Bleu, un triangle rouge menace un disque prisonnier de rectangles, les droites réveillent les courbes et agacent l’aura jaune d’un cercle, une ligne noire enserre un grand disque bleu nuit dans ses lacets serpentins, en une symphonie de couleurs à la fois pimpantes et mystérieuses.