Les clés d’un classique

Rambert Nicolas : “C’est l’Humanité elle-même qui écrit son histoire par l’intermédiaire d’Alexandre Kojève”

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Rambert Nicolas : “C’est l’Humanité elle-même qui écrit son histoire par l’intermédiaire d’Alexandre Kojève”

Alexandre Kojève. © Wikimedia commons - ©William L.

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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine « Peut-on réparer ses erreurs ? », en kiosque le 24 avril 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour prolonger notre portrait d’Alexandre Kojève, nous vous proposons une préface de Rambert Nicolas aux extraits de Sophia, à retrouver en cahier central dans notre nouveau numéro. Ce testament philosophique, écrit au début de la Seconde Guerre mondiale et oublié depuis, n’a été découvert qu’au début des années 2000 avant de paraître cette année chez Gallimard. 

 

Ce devait être l’opus magnum de Kojève, l’œuvre censée le faire reconnaître parmi « les siens » – les Soviétiques – et, peut-être, lui donner un rôle politique en URSS. Mais les aléas de l’histoire ont en décidé autrement. Écrit fiévreusement entre novembre 1940 et juin 1941, Kojève n’aura pas eu le temps de finir son ouvrage. Pourquoi ? Non seulement parce que son projet philosophique était colossal, mais, d’abord, pour des raisons géopolitiques. En effet, bien qu’il fût rédigé en France, ce texte, dédicacé à Staline, était en réalité destiné à l’URSS. Or le pacte Ribbentrop-Molotov ayant été rompu le 22 juin 1941 suite à l’invasion de l’URSS par l’Allemagne nazie, la position de Kojève à Paris, c’est-à-dire d’un citoyen originaire de l’Union soviétique sur un territoire contrôlé par Hitler ou ses affidés, devenait impossible, encore plus si celui-ci se piquait d’écrire en russe une « justification de l’URSS » et du « communisme ». À cet égard, la légende raconte que le tapuscrit donné par Kojève à l’ambassade soviétique y fut aussitôt brûlé. En effet, cette dernière, contrainte de déménager subitement, ne pouvait pas se permettre de conserver le moindre papier, chef-d’œuvre philosophique inclus. 

De ce texte dactylographié perdu, il reste cependant un manuscrit inachevé, de très bonne tenue (en dépit d’une écriture réputée illisible), qui n’est pas non plus sans énigmes. Confié à Bataille, rangé dans un coffre avec un manuscrit de Walter Benjamin, il est finalement perdu, retrouvé, puis somme toute oublié jusqu’à maintenant. Or, qu’il soit traduit de nos jours, dans l’actualité que l’on connaît, contribuera peut-être encore à ajouter au mystère et à nous étonner sur les « ruses de l’histoire ». 

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