La beauté

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Cet article est issu du numéro 25 de Philosophie magazine « 25 - hiver 2008 », en kiosque le 04 décembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Honnie et désirée, elle n’en finit pas de fasciner.

Si la beauté avait un sens, elle déplairait moins. Si elle avait une fin, elle serait supportable. Mais la beauté n’est qu’un début, une apparition, une émotion universelle, relative, incontestable et subjective, sensible et insaisissable, qu’aucun savoir ne justifie. De quel droit celui qui dit « c’est beau » parle-t‑il au nom de l’humanité ? Comment se fait-il qu’on sente ce qui est beau, sans savoir ce qu’est le Beau ? La beauté, c’est l’évidence moins la vérité. C’est une « faveur », dit Kant, une « finalité sans fin » qui ne satisfait ni le plaisir, ni le concept. Elle paraît injuste, et ne demande rien, altière, car c’est elle qu’on regarde, comme les femmes que croise Bardamu, dans le hall du Laugh Calvin, « plongées en de profonds fauteuils, comme dans autant d’écrins », qui lui semblent « attendre là des événements très graves et très coûteux » et dont il souffre à l’infini de savoir qu’elles ne songent pas à lui. « Mon Dieu, qu’elle était belle, j’en ai froid dans le cœur », chante Piaf incarnant une prostituée que son client néglige pour une femme de la haute…

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