Souvenirs du présent
La bombe H au XVIIIe siècle
© Seb Jarnot pour PM
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Cet article est issu du numéro 64 de Philosophie magazine « 64 - novembre 2012 », en kiosque le 25 octobre 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
«Je tremble toujours qu’on ne parvienne, à la fin, à découvrir quelque secret qui fournisse une voie plus abrégée pour faire périr les hommes, détruire les peuples et les nations entières.» Montesquieu, Lettres persanes, 105
C’est en 1721, à l’époque des flèches et de la poudre à canon, plus de deux siècles avant qu’une bombe de la taille d’un ballon puisse raser n’importe quelle ville, sous la plume de Montesquieu dans les Lettres persanes, qu’est né le débat sur les armes de destruction massive et le danger de leur prolifération.
La prophétie d’une « voie plus abrégée pour faire périr les hommes, détruire les peuples et les nations entières » se trouve dans une lettre que le jeune Rhédi, dont la mélancolie tempère l’envie d’apprendre, adresse au moins jeune Usbek, dont l’enthousiasme l’emporte sur le scepticisme. C’est dire que, même si l’un et l’autre ont en partage le refus que « seule la lumière orientale dût les éclairer », ils n’ont pas du tout le même caractère : quand Rhédi décrit complaisamment la décomposition de l’Empire romain, Usbek raconte comment transformer une victoire militaire en concorde civile, quand Rhédi se plaît, depuis Venise, à imaginer la Terre « comme un désert », Usbek présente, en citoyen du monde, la justice et la vertu comme des qualités innées. Bref, quand Rhédi pleure, Usbek milite. Quand Rhédi regarde le monde en face, Usbek lui cherche des remèdes.