Exposition
La chaleur du Nord
Jacques Jordaens (1593-1678), “Le roi boit” (1640). © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / Photo : J. Geleyns - Art Photography
Cédric Enjalbert n’a encore jamais participé au lancer de harengs au carnaval de Dunkerque. Mais il vaut le détour, paraît-il. Tout comme l’exposition au palais des Beaux-Arts de Lille consacrée actuellement aux Fêtes et célébrations flamandes ! Notre journaliste expert en bamboches et autres réjouissances nous en dit plus, dans sa recommandation culturelle de la semaine.
Ce texte est extrait de notre newsletter hebdomadaire « Par ici la sortie » : trois recommandations culturelles, éclairées au prisme de la philosophie, chaque vendredi soir. Abonnez-vous, elle est gratuite !
« L’exposition présente des tableaux remarquables comme la Kermesse avec théâtre et procession de Brueghel le Jeune ou Le roi boit de Jacques Jordaens (tous deux conservés à Bruxelles), mais aussi d’extraordinaires objets destinés à s’enjailler durant les kermesses, carnavals, noces et autres charivaris : des têtes de géants, des toiles peintes (par Rubens) pour des processions urbaines et de curieux objets. Parmi eux, le “gobelet à surprise” appelé aussi “gobelet à moulin” a retenu mon attention. Il s’agit d’un verre, idéal pour les bamboches et barbecues d’été, surmonté d’un mécanisme en argent. Le joyeux drille soufflait dans un tube actionnant les ailes d’un moulin miniature et vidait son verre de rosé piscine avant qu’elles ne cessent de tourner. Très amusant… même si la période, alors, l’est beaucoup moins ! Car aux XVIe et XVIIe siècles, la région est ravagée par les épidémies et la guerre. Le paradoxe n’est qu’apparent car la fête, plus ou moins organisée, fédère. Elle maintient une unité et offre une respiration. Elle permet un renversement du pouvoir… mais pour une journée seulement. Elle est autant un exutoire qu’un rituel de maintien de l’ordre. “Voulez-vous donc rendre un peuple actif et laborieux ? Donnez-lui des fêtes, offrez-lui des amusements qui lui fassent aimer son état et l’empêchent d’en envier un plus doux”, note Jean-Jacques Rousseau dans sa Lettre sur les spectacles, adressée à d’Alembert en 1758. “Donnez les spectateurs en spectacle ; rendez-les acteurs eux-mêmes ; faites que chacun se voie et s’aime dans les autres, afin que tous en soient mieux unis.” Vous reprendrez bien un hareng ? »
“Fêtes et célébrations flamandes”, exposition au palais des Beaux-Arts de Lille, jusqu’au 1er septembre. Infos pratiques.