La Chine est-elle totalitaire ?

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Cet article est issu du Hors-série n°66 de Philosophie magazine « Hannah Arendt. Comprendre, résister, espérer », en kiosque le 24 juillet 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La Chine est-elle un exemple de totalitarisme ? Répression des Tibétains, Ouïghours et autres minorités, extension des systèmes de surveillance, parti unique... on pourrait le penser. Qu’elle soit un régime autoritaire et tyrannique, sans nul doute, tempère Moritz Rudolph. Mais totalitaire, c’est moins sûr. En tout cas, pas encore.

L’émergence de la Chine en tant que deuxième puissance mondiale a toujours été accompagnée de débats sur la nature de son régime. Avec la politique d’ouverture de Deng Xiaoping à la fin des années 1970, les observateurs occidentaux ont d’abord penché pour le diagnostic « marxisme-capitalisme », un système mixte avec des chances de libéralisation ou du moins de développement de l’État de droit. Cette vision a changé après le massacre de la place Tiananmen en 1989 : la Chine était désormais considérée comme un régime autoritaire qui, bien que participant activement à la mondialisation, restait une société politiquement fermée. Avec l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, les diagnostics se sont encore précisés et, dans les années 2020, l’interprétation de la Chine comme « régime totalitaire » était largement dominante en Occident. 

Plusieurs éléments plaident en faveur de cette lecture. Xi a réussi à consolider la position ébranlée du Parti communiste chinois dans l’économie, la politique et la pensée. Le PCC, fort de près de 100 millions de membres, détermine le quotidien de 1,4 milliard de Chinois, restreint la liberté d’expression, contrôle Internet, les réseaux sociaux et veille à ce que la « pensée Xi Jinping » imprègne l’esprit des gens. À cela s’ajoutent la surveillance généralisée et le contrôle des comportements par le biais du système de crédit social, l’élimination des opposants politiques dans le cadre d’une « campagne anti-corruption » depuis 2012 ainsi que l’application restrictive de la politique « zéro covid ». 

Pourtant, si nous lisons Hannah Arendt, la théoricienne par excellence du totalitarisme, force est de constater que l’équation Chine = totalitarisme n’est pas si évidente. Arendt identifiait la terreur comme la caractéristique la plus importante du totalitarisme : selon elle, la population entière est alors maintenue dans une agitation constante par des orgies de violence. Personne ne peut être sûr de sa position ou même de sa vie. N’importe qui n’importe où peut tout à coup devenir la victime de la terreur policière. Pas besoin d’être un « opposant », les « innocents » ne sont jamais en sécurité. Le totalitarisme prend par ailleurs la forme d’un mouvement : une « révolution permanente » de tous les domaines de la vie impose une « flexibilité extrême » dans le but de créer un « homme nouveau ». Il cherche enfin à atteindre une « domination mondiale » – entreprise vouée à l’échec qui conduit à la mort des millions d’individus. 

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