Histoire / Autonomie
La Corse, île des philosophes
En 1755, Pascal Paoli, général et homme des Lumières, devient le chef de la nation corse indépendante. ©Pierre Bona/Wikimedia commons
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Cet article est issu du numéro 201 de Philosophie magazine « Le sentiment océanique. Peut-on faire l'expérience de l’infini ? », en kiosque le 10 juillet 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le Parlement délibère sur un projet de loi constitutionnelle pour une « Corse autonome au sein de la République », un territoire qui n’a cessé de constituer un modèle de réflexion politique, de l’autochtone Pascal Paoli à Jean-Jacques Rousseau.
La Corse doit-elle obtenir un statut d’autonomie au sein de la République? La question a été soumise au début de l’été aux députés, appelés à se prononcer sur un projet de loi constitutionnelle. La question de l’autonomie de l’île n’est pas nouvelle. Elle a trouvé au cours de l’histoire un écho chez les philosophes. C’est d’ailleurs un philosophe, Pascal Paoli (photo), qui proclame la République corse en 1755, en pleine guerre de libération de l’île contre Gênes. En métropole, la soif farouche d’indépendance des Corses marque Jean-Jacques Rousseau qui écrit en 1762 dans son Contrat social: « Il est encore en Europe un pays capable de législation; c’est [la] Corse. La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et défendre sa liberté, mériteraient bien que quel homme sage lui apprît à la conserver. » Alors que le conflit touche à sa fin, un proche de Paoli, Mathieu Buttafoco, écrit au philosophe des Lumières pour lui demander d’élaborer un projet de Constitution. Rousseau s’exécute volontiers, convaincu que l’île indocile peut devenir une République modèle. « La forme de Gouvernement que nous avons à choisir est […] la moins coûteuse parce que la Corse est pauvre », affirme-t-il dans son ébauche. À ses yeux, le petit pays reste trop vaste pour qu’une démocratie complète soit instaurée: il faut donc un « gouvernement mixte », capable de « faire concourir tous les membres de l’État à l’autorité suprême » – un régime « où le peuple ne s’assemble que par parties et où les dépositaires de son pouvoir sont souvent changés ».