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La dalle et le territoire

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La dalle et le territoire

© Denis Gliksman / Inrap

Cet article est issu du numéro 149 de Philosophie magazine, en kiosque le 29 avril 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Découverte en 1900 par le préhistorien Paul du Châtellier, la « dalle de Saint-Bélec » traînait parmi les trésors du musée d’Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye, sans que personne ne comprenne vraiment le sens de ses inscriptions. C’est chose faite désormais : selon une équipe d’archéologues, il s’agirait d’une carte représentant la vallée de l’Odet, dans le Finistère. Un territoire de 630 km2 environ, schématisé sur un bloc de schiste de 2,2 mètres de long. « C’est la plus ancienne représentation cartographique d’un territoire connue en Europe », a précisé Clément Nicolas, coauteur de l’étude. Ainsi, il y a quatre mille ans, les hommes dessinaient déjà des plans. Rien d’étonnant, aurait répondu Gilles Deleuze. Dans Critique et Clinique (Éditions de Minuit, 1993), il expliquait que « les cartes de trajets sont essentielles à l’activité psychique ». Car, d’après le philosophe, notre subjectivité se constitue dans les déplacements, les rencontres et les relations que nous tissons avec les êtres, les choses, les lieux autour de nous. La carte, c’est la sédimentation, la stabilisation de ce réseau de connexions que nous sommes nous-mêmes. Elle « exprime l’identité du parcours et du parcouru », au point que, pour Deleuze, « l’analyse de l’inconscient devrait être une géographie plutôt qu’une histoire ». On comprend mieux pourquoi, déjà à l’âge du bronze, les hommes gravaient leurs cartes dans la pierre !