Portfolio

La découverte de l’“Endurance”, ou la poétique des épaves

Temps de lecture : 6 min

La poupe de l’Endurance

La poupe de l’Endurance. © Falklands Maritime Heritage Trust/National Geographic

Cet article est réservé aux abonnés.

Un peu plus d’un siècle après son naufrage au large de l’Antarctique, l’Endurance, navire de l’explorateur  Ernest Shackleton, a été retrouvé et photographié par une équipe de recherche internationale. Une découverte qui fascine, d’autant que le bateau est très bien conservé. Parce qu’elle est un type de ruine, l’épave nourrit un imaginaire aussi bien poétique, littéraire, que philosophique. La preuve en images.

 

Saisis par les glaces

L’Endurance piégée par la banquise en Antarctique, en février 1915. © Digital Collections of the National Library of Australia
L’Endurance piégée par la banquise en Antarctique, en février 1915. © Digital Collections of the National Library of Australia

Le trois-mats goélette Endurance, 49 mètres, voile et vapeur, quitte Plymouth en Grande-Bretagne le 8 août 1914, cinq jours après l’entrée des troupes allemandes en Belgique. Destination Buenos Aires, puis la Géorgie du Sud où est installée une station baleinière. De là, Shackelton et son équipage visent la mer de Weddell, à l’est du continent antarctique, d’où il compte débarquer pour entamer la première traversée jamais réalisée du continent blanc. Sauf que l’un des packs de glace que rencontre l’Endurance se referme sur le navire (la photo ci-dessus a été prise en février 1915 par Frank Hurley, jeune photographe de bord). Shackelton espère s’en dégager à la fin de l’hiver. Mais il fait trop froid. Le navire reste emprisonné, et la pression des vagues de glace sur la coque devient terrible. Fin octobre, les trois chaloupes du bord, des tentes et tout le matériel utile sont débarqués sur la glace. Le 21 novembre, l’Endurance disparaît sous le pack et coule par 3 000 mètres de fond.

Les 28 marins et les 49 chiens survivants (il a fallu abattre le chat et les chiens les plus faibles) vont entamer un voyage inouï : la terre ferme la plus proche est à plus de 500 kilomètres. Entre les deux, il leur faudra camper sur des icebergs à la dérive et marcher sur le pack par des température qui descendent parfois jusqu’à -45 °C. Cinq mois plus tard, ils atteignent l’île de l’Éléphant. Sur la terre ferme, mais encore à plus de 1 300 km de la Géorgie du Sud. Shackleton et quatre volontaires embarquent sur une chaloupe pour naviguer, à la voile ou à la rame, dans ce qu’il décrira comme « la pire portion de la pire mer du monde ». Une fois parvenu en Géorgie, ils devront encore grimper des montagnes et traverser des glaciers pour atteindre la station baleinière. Trois mois après le départ, Shackleton revient enfin avec un navire argentin chercher son équipage. Tous ont survécu. Cent-six ans plus tard, autre temps, autre exploit : drones sous-marins à l’appui, la mission « Endurance 22 », à bord du brise glace sud-africain SA Agulhas II, a retrouvé l’épave, aux coordonnées indiquées dans le carnet de bord impeccable de Frank Worsley, le commandant de l’Endurance.

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

CosmosMatière