La finance a-t-elle un plan de vol?
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Cet article est issu du numéro 66 de Philosophie magazine « 66 - février 2013 », en kiosque le 17 janvier 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Les défenseurs des marchés financiers nous assurent que ceux-ci sont rationnels et pilotent les sociétés pour le mieux. Faux, répond Valérie Charolles. De là à savoir si une autre économie est possible…
« À l’évidence, les marchés financiers sont aujourd’hui en position de pouvoir : avec très peu d’acteurs, concentrés sur un petit nombre de valeurs boursières, ils orientent l’ensemble de l’économie à leur profit. Face à eux, les États se sont mis en situation de faillite. Au sens propre, d’abord : en se portant garants – lors de la crise de 2008 – des risques encourus par les banques. Au sens figuré, ensuite : ils n’ont pas utilisé – en tout cas pas assez rapidement ni assez fortement – les armes dont ils disposent pour mettre un terme à cette domination : à savoir, la réglementation. Les États ont ainsi rendu clair pour tout le monde qu’ils avaient intériorisé cette position de puissance des marchés financiers.
Hégémonie de la finance
Cette situation est relativement récente. Elle trouve son origine dans la révolution néolibérale orchestrée au début des années 1980. Ainsi, la mise en place des placements indexés (sur le CAC 40 en France, par exemple) et des instruments de couverture (les produits dérivés) font qu’une opération a de nombreux effets miroir et aboutit donc à une forte interdépendance. Cette domination s’est clairement aggravée au cours des années 2000 avec la généralisation des placements réalisés par ordinateur – qui représentent près de trois quarts du volume des transactions aux États-Unis aujourd’hui, alors qu’ils étaient proscrits il y a encore quinze ans. Par sa puissance et sa vitesse – certains programmes réagissent en une microseconde aux différences de cours –, “l’algotrading” a permis aux marchés financiers de prendre l’ascendant sur les autres compartiments de l’économie. Cette hégémonie s’incarne, entre autres, dans de nouvelles normes comptables : depuis une vingtaine d’années, les bilans des entreprises sont établis en fonction des besoins des investisseurs sur les marchés financiers, favorisant ainsi la cession d’une activité plutôt que sa perpétuation.