Les grandes voix
La guerre en Ukraine a fait de moi une Européenne : la confession d’Eva Illouz
Eva Illouz. © James Startt/Premier Parallèle
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Même si les conflits au Proche-Orient ont pesé sur son itinéraire, c’est la guerre en Ukraine et la haine de Poutine qui ont fait prendre conscience à Eva Illouz de son attachement à l’Europe. Elle s’en explique.
« J’ai toujours vécu à l’ombre de la guerre, mais, aurais-je envie de dire, sans jamais vraiment le savoir. J’ai quitté le Maroc avec mes parents pour la France dans le sillage de la guerre des Six Jours en 1967, guerre qu’Israël avait commencée en réaction au blocus du détroit de Tiran par l’Égypte. La présence juive au Maroc, souvent paisible, connut une grande rupture – celle du conflit d’Israël avec ses voisins arabes et les Palestiniens. La longue coexistence des Juifs et musulmans ne survécut ni à l’intensité du nationalisme juif, ni à celle du nationalisme arabe.
Plus tard, quand je devins consciente du génocide des Juifs en Europe et par l’Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale, vivre sur ce continent me fut intolérable, et j’émigrai aux États-Unis, ou je vécus plusieurs années. La première guerre menée par les États-Unis contre l’Irak en 1991 me propulsa dans une nouvelle réalité – les Scud qui pleuvaient sur Israël, les amis et la famille qui prenaient refuge dans des abris improvisés, le spectacle des masques qui faisaient des citoyens des astronautes arrivés sur une planète de gaz chimiques, me décidèrent à partir en Israël et d’en faire mon pays.