Entretien

“La laïcité permettait de reconnaître des pluralités : elle est devenue un idéal d’uniformité nationale”

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“La laïcité permettait de reconnaître des pluralités : elle est devenue un idéal d’uniformité nationale”

Vincent Genin. © Marc Ollivier/Ouest France/Maxppp

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La loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État fête ses 120 ans. Considérée comme fondatrice de la laïcité, elle fait pourtant l’objet de nombreuses confusions et récupérations, comme le montre l’historien Vincent Genin, auteur d’une Histoire intellectuelle de la laïcité de 1905 à nos jours (PUF, 2024). Entretien. 



La laïcité qu’on évoque aujourd’hui est-elle la même que celle instaurée dans la loi de 1905 ? 

Vincent Genin : Aujourd’hui, lorsqu’on évoque la laïcité, on ne parle pas tant d’un principe juridique que de valeurs de la République. De manière souvent polémique, on parle d’islam, de cantines, de crèches… Mais dès le départ, la laïcité a fait l’objet d’une controverse intellectuelle profonde.

“En 1905, il est question de séparation des Églises et de l’État. La laïcité n’est alors qu’une modalité de cette séparation” Vincent Genin

 

Quels étaient les termes du débat il y a 120 ans ?

Vers 1905, on ne parle pas beaucoup de laïcité, mais plutôt de séparation des Églises et de l’État. La laïcité n’est qu’une modalité de cette séparation. Au XIXᵉ siècle, cette question touche l’Italie, la Belgique et la France. La notion est mobilisée par de nombreux essayistes, théologiens et philosophes, comme l’historien et philosophe Edgar Quinet. Toute une série d’intellectuels et de politiques sont favorables à une séparation entre l’État et les Églises – car il y en a plusieurs. On peut citer le président du Conseil des ministres (1902-1905) Émile Combes, favorable à une séparation, mais qui revendiquait un lien fort entre l’Église et l’État, où celui-ci garderait la main. Cherchant l’entre-deux, son successeur Maurice Rouvier, président du Conseil des ministres lors du passage de la loi de 1905, a mis en avant des personnages déterminants comme Aristide Briand. Méconnu aujourd’hui, c’est pourtant le rapporteur de cette loi, pour laquelle il fait en sorte de dégager une majorité minimale. Originaire d’un milieu modeste, ancien avocat des dockers du port de Saint-Nazaire, Briand est un homme très attentif aux minorités, qu’elles soient sociales ou religieuses. C’était un libertin, ce courant de pensée défendant la liberté de pensée comme des corps pourchassé par le pouvoir et toujours très mal vu lors de la Troisième République. C’est pourquoi il était très attaché à la singularité de chaque individu. Briand était ouvert : athée, tout en estimant que cette conviction n’était pas la seule vérité. C’est capital pour comprendre la loi de 1905. Une autre figure importante est celle de Jean Jaurès. Auteur d’une thèse de philosophie touchant à l’idée de Dieu, Jean Jaurès connaît parfaitement les catholiques, sait leur parler, ne les méprise pas.

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