Théâtre
“La Lettre” : bien reçue !
La Lettre, de Milo Rau. Avec Arne De Tremerie et Olga Mouak. ©Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
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Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine « L’IA et moi », en kiosque le 21 août 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire. Si nous voulons que les philosophes marchent en avant, approchons le peuple du point où en sont les philosophes » écrit Diderot dans ses Pensées sur l’interprétation de la nature (1753). En va-t-il de la philosophie comme du théâtre ? Le metteur en scène Milo Rau nourrit en tout cas une ambition : rendre à l’adjectif « populaire » toute sa grandeur, dans la foulée de Jean Vilar. Il le fait à nouveau avec une économie de moyens dans sa nouvelle création, conçue pour pouvoir être jouée sans infrastructure, de manière itinérante, avec un simple décor – une table et quelques accessoires – qui tient dans une camionnette et se monte en deux heures. L’argument de La Lettre repose sur la personnalité de ses deux comédiens, Arne De Tremerie et Olga Mouak. Ils évoquent sur scène les rôles qui les ont marqués, auxquels se mêle leur histoire personnelle. Arne s’y présente en amoureux de La Mouette d’Anton Tchekhov, encouragé à persévérer dans son art par sa grand-mère, ancienne présentatrice de la radio flamande. Olga, elle, convoque la mémoire de sa grand-mère camerounaise, souffrant de schizophrénie, décédée après avoir mis le feu à sa maison. L’actrice affirme aussi sa passion pour Jeanne d’Arc (qui, comme son aïeule, entendait des voix), malgré la récupération de cette figure par l’extrême droite. Jouant avec les références – et avec le public, invité à prendre part à certaines scènes –, ce spectacle « élitaire pour tous » rappelle que la fiction et la réalité ne s’opposent pas mais qu’elles se complètent, et combien l’imagination participe de notre connaissance du réel.